En partenariat avec Disclose, France 2 révèle des affaires de viol et d'agression sexuelle sur mineurs dans des clubs de ping-pong, de tir à l'arc, de gym, etc. Et notamment des cas choquants de récidive. Les clubs de sport ne sont pas obligés de contrôler les casiers judiciaire de leurs entraîneurs bénévoles.

C'est une enquête importante, à voir ce jeudi soir dans "Envoyé Spécial". France 2 s'est penché avec Disclose, média d'investigation, sur la pédophilie dans le sport amateur. Ce reportage de 40 minutes est le résultat de huit mois d'enquête.

Un club de tir à l'arc en Bretagne, où étaient inscrites deux sœurs, de 9 et 10 ans. L’entraîneur, un septuagénaire, a gagné peu à peu la confiance de la famille, il était invité à dîner à la maison. Il a convaincu les parents de laisser leurs deux filles dormir chez lui un soir et leur a fait subir des agressions sexuelles. Les fillettes se confient ensuite à leur mère, qui porte plainte en janvier 2019. C'est là que tout le monde découvre l'impensable : l'homme est un récidiviste. Il a déjà été condamné en 200 à quatre ans de prison, dont deux fermes, pour agressions sexuelles sur mineurs. Pourtant, il a obtenu depuis deux diplômes d’entraîneur et même un certificat qui lui permet de faire des interventions rémunérées dans les écoles. En sortant de prison, cet homme avait simplement changé de ville et continué à enseigner le tir à l’arc à des enfants. Le club n’était pas obligé de contrôler son casier judiciaire, car il était bénévole. Après cette nouvelle plainte, il a été condamné en août dernier à huit ans de prison ferme. 

Et cette affaire est donc un exemple parmi d'autres. Envoyé Spécial nous décrit le calvaire d’un jeune garçon violé par son prof de ping-pong, qu’il a fini par dénoncer. L’homme a été condamné à Lyon pour viol sur mineur mais s’est ensuite retrouvé dans un autre club de ping-pong, à Brest. Il a depuis été exclu. Au total, les journalistes ont examiné 77 affaires, partout en France et dans de très nombreux sports différents. Elles ne sont pas toutes détaillées dans le reportage, bien sûr. À chaque fois, des entraîneurs condamnés qui passent entre les mailles du filet. Ou des hommes qui sont accusés mais qu'on préfère ne pas suspendre. Pauline, 15 ans, a été violée par son entraîneur de triathlon. Son père, dont la voix est modifiée, a prévenu le président du club quand sa fille a fini par tout lui raconter. Et là...

Quand j'appelle le président du club, il me répond : "je suis pas surpris j'ai déjà eu des échos de cet entraîneur, c'est vraiment un pourri." Mot pour mot.

Et là encore, ce même entraîneur avait déjà été accusé. Une autre jeune fille, Charlotte, qui témoigne à visage découvert, a été victime du même prof il y a quelques années. Elle en a parlé à son club à l'époque. On l'a dissuadée de porter plainte. C’est que le monsieur rapporte des médailles au club... Pourquoi cet entraîneur n’a-t-il pas été suspendu ? La question est posée, en caméra cachée, à la présidente de la ligue régionale.

Tant que l'affaire est en instruction, nous, on peut rien faire. 

C'est faux. La présidente de la ligue a tout à fait le pouvoir de suspendre de celui qui est accusé, même si une enquête est en cours. Elle peut aussi alerter la préfecture, qui peut lancer à son tour une procédure administrative. On voit ici que les personnes qui pourraient agir ne connaissent pas les outils à leur disposition. Cette enquête de France 2 fait froid dans le dos. Mais elle peut aussi faire bouger les choses. Il y a urgence à repenser entièrement les contrôles des entraîneurs et encadrants, pour lutter contre la pédocriminalité. Car c'est bien dans le sport qu'il est le plus facile d'être au contact des enfants. 

"Pédophilie dans le sport, l'omerta" : Envoyé Spécial jeudi 12 décembre à 21h sur France 2. Emission présentée par Elise Lucet. 

Retrouvez ici en détail l'enquête de Disclose.

  • Légende du visuel principal: Un entraineur de triathlon est accusé d'attouchements et de viols par plusieurs jeunes filles de son club. © Disclose / Envoyé Spécial
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