A voir sur France 2, le récit à hauteur humaine d'une période de spectaculaires mutations pour la société française : 1919-1939. Un documentaire fait uniquement d'images d'archives colorisées. La colorisation : un vieux débat entre historiens et documentaristes... Débat largement apaisé aujourd'hui.

France 2 propose une plongée dans l'entre-deux guerres, mardi 12 février. Il est terrible, quand on y pense, le nom qu'on donne à cette période : "l'entre-deux guerres". On s'imagine parfois que la France, entre 1919 et 1939, n'a vécu que le glissement tragique d'une guerre vers l'autre. Ce documentaire raconte tout le reste : l'évolution des mœurs, l'émancipation des femmes, le bouillonnement créatif des Années Folles, l'urbanisation, mais aussi la crise et les grandes luttes sociales des années 30. Ce qui est formidable, c'est que cette période est relatée à hauteur humaine : on ne parle pas de Clémenceau et de Léon Blum, mais des gens, de la société française. Et surtout, il n'y a que des images d'archives. Jamais un historien ou un spécialiste face à la caméra. Seulement des images d'époque, qui ont été soigneusement colorisées, et sont accompagnées par la voix de Denis Podalydès.

Un vieux débat aujourd'hui apaisé

Il a fallu huit mois de travail pour mettre de la couleur sur ces images en noir et blanc, m'a expliqué le réalisateur, Romain Icard.  Et cela renvoie à un débat qui agite depuis longtemps les historiens. Faut-il coloriser les archives? Un débat qui a été très vif il y a dix ans, au moment du premier "Apocalypse", série documentaire qui raconta les deux guerres mondiales, puis la vie de Staline et celle d'Hitler. Certains, notamment l'historien Laurent Véray, voient dans les couleurs une falsification, un maquillage esthétique, une façon d'injecter de la fiction dans le récit historique.

Mais ce débat s'est apaisé aujourd'hui. D'abord parce que les techniques de colorisation ont évolué. Le résultat est de grande qualité, même s'il n'est toujours pas parfait (certaines images supportent mieux que d'autres la colorisation, c'est lié à la qualité de la pellicule notamment). J'ai d'ailleurs appris que pour choisir chaque couleur, on se fie à ce que l'on sait de cette époque (les historiens de la mode sont un précieux recours, pour choisir la teinte de telle robe ou telle pantalon). Mais on se base aussi sur le noir et blanc dans l'image originale : un gris de telle densité ne peut pas être un rouge, par exemple, il est forcément beige ou marron. On progresse ainsi centimètre par centimètre, image par image. C'est un travail de fourmi assez impressionnant.

Mais si la colorisation ne fait plus tellement débat (tout comme la sonorisation d'ailleurs, parce que les images d'archives de ce film sont presque toutes muettes à l'origine, il a fallu reconstituer en studio, le bruit des tracteurs, des hauts fourneaux, des voitures, de la foule, etc.), c'est qu'elle a amené le grand public vers le documentaire historique. Celui de ce soir est diffusé en prime time sur France 2. C'est un formidable travail de démocratisation du savoir. Et le sujet le mérite : on comprend les immenses mutations vécues par la France - par nos grands-parents - entre les deux guerres, en à peine deux décennies.

Artifices des réalisation

Le son et la couleur sont des artifices de réalisation - assumés comme tel par le réalisateur et par son conseiller scientifique, l'historien Pascal Ory - mais qui n'empêchent pas la rigueur historique. Et qui donnent, surtout, une grande impression de proximité. Regarder dans les yeux les "les gueules cassées", ceux que la guerre a mutilés, fait un sacré effet en couleur. Il y a aussi ce couple d'anonymes qui se marie, en 1919, dans une église à moitié démolie par la guerre : les images en couleur donnent l'impression qu'on est avec eux dans cette église, plein d'espoir malgré les ruines. La couleur les rend réels ! C'est sans doute un peu idiot de le dire ainsi, mais on en vient à réaliser que les gens, à l'époque, voyaient la vie en couleur. On réalise que le passé ne s'est pas déroulé en noir et blanc.

"La France de l'entre-deux guerres" : deux épisodes de 52 minutes. Mardi 12/02/19 sur France 2 à 21h. Et "Apocalypse Hitler" est rediffusé en deuxième partie de soirée, sur France 2 également. 

Légende du visuel principal:
La colorisation de ces images d'archives a représenté huit mois de travail. © Nilaya / France 2 / Romain Icard
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