Le rat-taupe nu est une star des laboratoires, un animal étudié par les chercheurs dans le monde entier. Portrait de cette bestiole au physique aussi unique que sa longévité, dans un documentaire sur Arte.

A un tel degré, on ne peut plus parler de « physique ingrat ». Le rat-taupe nu est moche. Cet animal est aussi attachant que passionnant. L’heterocephalus glaber n’a pas grand-chose à voir avec la taupe, en fait, à part son habitat : il vit dans des galeries sous la terre et ne met jamais le nez dehors. Mais il est proche du rat : c’est un rongeur. Il a des yeux minuscules et deux très longues dents qui sortent de sa bouche. Sa peau est glabre et toute fripée. Le scientifique qui a découvert cette espèce au 19ème siècle a d’abord cru que c’était un animal malade. C’est lui a choisi ce nom de « rat-taupe nu » mais ses collègues, parait-il, l’appelaient plutôt « la saucisse aux incisives »

Star des laboratoires

Ce qui frappe, dans le documentaire qui sera diffusé samedi soir sur Arte, c’est surtout que le rat-taupe est une star des laboratoires. Dans le monde entier, les chercheurs s’intéressent à cet animal qui vit au Kenya, notamment en raison de sa longévité. Il fait la taille d’une souris mais peut vivre dix fois plus longtemps. Sa durée de vie peut aller jusqu’à trente ans, en laboratoire et même à l’état sauvage pour certains individus. Le rat-taupe nu vit vieux et en bonne santé, il ne développe jamais de cancer, il est aussi insensible à la douleur : même pas mal. Cela a des inconvénients au niveau individuel, puisque la douleur sert à avertir l’individu d’un danger, mais peut avoir des intérêts au niveau collectif, quand l’individu compte moins que le groupe. Les rats-taupes ont en effet un mode de vie similaire à celui des fourmis, avec une reine (qui est la seule reproductrice du groupe) et une hiérarchie sociale très codifiée. C’est l’une des pistes de recherche : la répartition du travail serait-elle le secret de la longévité ? 

Voilà qui offre des perspectives pour la recherche médicale chez l’homme. L’une des chercheuses interrogées dans le documentaire le résume très bien : 

Chez le rat-taupe nu, tout fonctionne mieux que chez l’homme. Quand les scientifiques en auront compris la raison, ils pourront réfléchir à des transpositions éventuelles. 

Mais on n’en est pas encore là. En se penchant sur leur patrimoine génétique, les chercheurs sont parvenus à des conclusions surprenantes : les rats-taupes nus sont équipés de "gènes de ménage" capables d’éliminer les déchets protéiques qui s’accumulent et provoquent le vieillissement cellulaire. Leur production d’acide hyaluronique (beaucoup utilisé par l’industrie cosmétique) est sans doute une clé dans leur capacité à se prémunir des cancers et des maladies cardio-vasculaires. D’autres expériences ont permis de montrer que les rats-taupes ont d’étonnantes capacités pour faire face au manque d’oxygène : ils peuvent survivre 18 minutes en apnée. Et pour cela, leur organisme fonctionne comme une plante, en puisant dans une réserve de fructose. 

Mâchoires surpuissantes

Vous l’aurez compris, c’est un super moche qui a des super-pouvoirs. Le rat-taupe mérite donc que vous lui consacriez 52 minutes en regardant ce documentaire, un peu trop académique sur la forme mais qui pose des questions passionnantes sur le vieillissement et propose surtout des images savoureuses : les séquences filmés dans les galeries souterraines, au plus près des rat-taupes qui creusent des tunnels avec leurs grandes dents et leurs mâchoires surpuissantes, sont fascinantes. Il y a encore beaucoup de choses à comprendre sur cet animal mystérieux. L’un des chercheurs explique qu’il y a du nouveau sur le rat-taupe nu tous les deux à trois mois. De quoi rester encore longtemps la vedette des laboratoires.

Les superpouvoirs du rat-taupe nu : à voir sur Arte samedi soir à 22h20. Et en replay sur le site d’Arte.

L'équipe
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.