On faisait la queue des heures devant le Collège de France pour assister à ses leçons, mais la toute dernière d'Antoine Compagnon se fera à huis clos, sans public. Une leçon de clôture retransmise en direct sur Internet. L'ironie est belle : ce dernier cours est consacré aux fins en littérature.

Je vous emmène au Collège de France. Il est fermé au public, bien sûr, mais il propose, sur son site internet des cours, des séminaires, des colloques en vidéo ou en podcast. Au total, plus de 10.000 heures sont disponibles, gratuitement, dans toutes les disciplines. N’ayez pas peur de plonger dans cet océan de savoir ! Et connectez-vous en particulier ce mardi 12 janvier à 17h45, car le moment est important : ce sera le dernier cours d’Antoine Compagnon, titulaire de la chaire "Littérature française moderne et contemporaine". Ce professeur, que les auditeurs et auditrices de France Inter connaissent bien depuis ses "étés avec" Baudelaire, Montaigne et Pascal, a un talent fou pour capter l’attention. Il ne s’agit pas de vulgarisation, non, l’homme est érudit et il faut se concentrer pour le suivre. Mais il raconte la littérature avec une telle gourmandise que ses cours sont très accessibles. 

Il attirait d’ailleurs beaucoup de monde. Avant la crise sanitaire, on faisait la queue des heures, devant le collège de France, pour  assister à ses cours ! Aussi est-il un peu triste que sa leçon de clôture se fasse aujourd’hui à huis clos, sans public. Mais je choisis d’y voir un joli pied de nez du destin. Une ironie du sort. Car ce cours porte sur les fins en littérature. Comment terminer ? 

Désinvolture de la dernière phrase

Dans les leçons précédentes, qui sont disponibles en ligne, Antoine Compagnon a analysé ce qu’on appelle « le style tardif » ou « sublime sénilité » : la plume de fin de vie des écrivains. Et puis il s’est attardé sur le cas André Gide. Ce qui donne de l’intérêt à cours en vidéo, et pas en version audio, c’est que le professeur nous montre les manuscrits dont il parle : on voit l’écriture de l’auteur, on devine la main qui tremble. Et Compagnon nous fait la lecture. Ici, le manuscrit du dernier livre de Gide, Ainsi soit-il ou les jeux sont faits

Ma propre position dans le ciel, par rapport au soleil, ne doit pas me faire trouver l’aurore moins belle. 

Et Gide ajoute ensuite cette notation : "Cette page n'a aucun rapport avec celle qui précède". Comme s'il voulait donner une touche désinvolte à son point final. Éviter à tout prix le fétichisme de la dernière phrase. Antoine Compagnon y voit une « désinvolture très appliquée ». D’ailleurs, il y a encore une autre phrase ensuite, la toute dernière, dans laquelle il commente la couleur d’un manteau porté par sa fille, estimant que « le dosage de gris-bleu » était insuffisant. Il est délicieux de savoir que les derniers mots écrits par ce grand auteur sont affaire de style vestimentaire ! Le chant du cygne n’est pas tragique. 

Voilà donc qu'approche la fin de ce cours sur la fin. Antoine Compagnon y mettra sans doute de la malice, comme il le fait si bien, peut-être un peu de mélancolie aussi. Je retiens pour ma part une phrase qu’il a lui-même prononcée, dans l’un de ses cours : « Le propre de toute fin, c’est qu’elle peut être aussi un début. »

Rendez-vous sur le site du Collège de France, mardi 12/01 à 17h45 pour assister au dernier cours d’Antoine Compagnon : « Fins de la littérature ». La vidéo sera ensuite disponible en replay.

  • Légende du visuel principal: C'est la fin de son cours sur les fins en littérature. Antoine Compagnon enseignait au Collège de France depuis quinze ans. © Collège de France / Patrick Imbert
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