Un artiste condamné peut-il rester dans la lumière ? La création littéraire peut-elle s'affranchir de la présomption d’innocence ? Questions posées ce soir dans Stupéfiant, sur France 2.

Une émission spéciale faits divers : pour un magazine culturel, on trouve au début l'idée étonnante. Mais les crimes intéressent les artistes depuis toujours. Stupéfiant, émission présentée tous les lundis par Léa Salamé sur France 2, ausculte ce soir la ligne rouge entre le crime et l'art.

Esthétiser la violence

Questions d'abord autour de Bertrand Cantat, qui a entamé une série de concerts partout en France. Peut-il continuer à se faire applaudir, rester dans la lumière, après avoir purgé sa peine pour la mort de Marie Trintignant ? Le reportage de Stupéfiant donne notamment la parole aux organisateurs des Papillons de Nuit, festival prévu en Normandie en mai prochain. Voici ce qu'on peut lire sur leur site internet : "sombre et poétique, parfois mélancolique et énervé (...) Cantat n'a rien perdu de son spleen et de sa rage." 

Les organisateurs du festival assument. Les auteurs d'une pétition pour l'annulation du concert (qui a récolté 75.000 signatures) trouvent insupportable qu'on fasse de cet homme un héros poétique habité par le spleen. Le reportage est suivi d'une interview de Nadine Trintignant par Léa Salamé. C'est la première interview de la mère de Marie Trintignant depuis que la parole se libère sur les violences faites aux femmes. Elle pose notamment cette question : est-ce que ça a déjà existé, un tueur qui monte sur scène et se fait applaudir par des milliers de personnes ? Elle a eu beau chercher un autre exemple, elle n'en a pas trouvé. 

"Sublime, forcément sublime"

Au programme également, une histoire fascinante qui remonte aux années 80. Celle de Marguerite Duras et de son "pétage de plomb" sur l'affaire Grégory. "Pétage de plomb", l'expression est de Laure Adler, biographe de la romancière. En 85, Duras se passionne pour la mort du petit Grégory et publie dans Libération un texte qui fera scandale. Son titre : "Sublime, forcément sublime Christine V." Sans avoir enquêté le moins du monde, elle imagine les raisons qui auraient pu pousser Christine Villemin à tuer son fils. 

La création littéraire autorise-t-elle à piétiner la présomption d'innocence ? 

A l'époque, cet article a beaucoup choqué. D'autant qu'il a peut-être influencé le juge. France 2 donne la parole à Serge July, ancien patron de Libé, qui reconnait aujourd'hui que ce texte était "limite". Et on découvre au passage un document inédit : un texte de Duras non publié, dans lequel on lit un semblant de mea culpa. Elle évoque "un emportement d'écriture". Glaçant, forcément glaçant. 

"Stupéfiant" spécial faits divers : lundi 12 mars à 23h sur France 2. 

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