Le peintre catalan a connu un immense succès de son vivant, mais a souffert d'une image consensuelle, inoffensive, presque enfantine. Miró, disparu en 1983, était au contraire un homme tourmenté et subversif. Un documentaire à voir sur Arte brosse le portrait de cet artiste obsédé par la liberté.

Exercice compliqué que le documentaire sur un artiste : cela peut facilement être rasoir. Mais Albert Solé, l’auteur de "Joan Miró, le feu intérieur", diffusé sur Arte, s’en sort avec brio. Ce qui est fabuleux, surtout, c’est de voir Miró au travail. Il est omniprésent dans le film, grâce aux images d’archives. On le voit dans son atelier, tremper les doigts dans la peinture et tracer minutieusement ses lignes sur la toile. Miró veut provoquer de l’émotion avec une un minimum de moyens. La simplicité est seulement apparente. Quand il peint sur de très grands formats, c’est pour renforcer l’impression de dépouillement. 

Ceci est la couleur de mes rêves

Cet artiste catalan, né à Barcelone, a longtemps vécu en France, comme son ami Picasso. Au contact de Paul Eluard ou de Robert Desnos, Miró peint ses premiers poèmes-tableau. « Ceci est la couleur de mes rêves » est le plus célèbre. « Il y a un miroir dans le nom de Miró », écrivait Jacques Prévert.

On fait la connaissance du petit-fils du peintre : un homme étonnant, fasciné par l’œuvre de son grand-père et qui consacre sa vie à l’étudier. La caméra le suit notamment à New-York, sur les traces de l’amitié entre Alexander Calder et Joan Miró. Les deux artistes, explique le petit-fils, « sont morts ensemble métaphoriquement » : car il y avait un mobile de Calder dans la tour numéro 1 du World Trade Center, et une tapisserie de Miró dans la tour numéro 2. Les deux oeuvres d’art sont partis en fumée le 11 septembre 2001. 

Torturé et subversif

Le documentaire s’attarde aussi sur le Miró sculpteur et céramiste. Ce sont des facettes beaucoup moins connues de l’artiste. Mais d’ailleurs, que connait-on de lui ? Si Miró a rencontré un succès mondial, de son vivant, il a très tôt souffert d’une image consensuelle : celle d’un peintre inoffensif qui faisait de jolis tableaux colorés et presque enfantins. Alors qu’il était au contraire aussi torturé que nihiliste et très subversif pour son époque. Les sexes de femme sont omniprésents dans son travail. 

L'artiste contre lui-même

Josep Royo, le créateur de tapisseries avec qui il a travaillé à la fin de sa vie, a assisté à un point de rupture dans sa peinture :  il décide de brûler ses tableaux. Là encore, on est avec lui dans l’atelier. Miró saccage son œuvre avec enthousiasme. C’est un peu un combat de l’artiste contre lui-même : il veut devenir l’anti-Miró. Rompre avec un art commercial et banalisé par la critique mondiale. Ironie de l’histoire, ses toiles brûlées, poignardées, lacérées, qui racontent son mépris pour le marché de l’art, seront perçues comme une révolution picturale et encensées par la critique. Ce paradoxe Miró est encore vivant aujourd’hui, plus que jamais. La magnifique expo au Grand Palais, à Paris, jusqu’au 4 février 2019 en est la preuve. 

« Joan Miró, le feu intérieur » : documentaire d'Albert Solé (52 minutes). Dimanche 14 octobre à 17h35 sur Arte. Et sur le site d’Arte avant même la diffusion, dès dimanche matin. 

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En 1961, Miro retouche l'une des toiles de son célèbre triptyque Bleu, galerie Maeght à Paris. © Successio Miro Archive / Arte
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