L'adaptation du best-seller d'Elena Ferrante débarque sur Canal Plus. Une série très réussie sur la forme, qui suit scrupuleusement le récit du roman italien. Au risque d'ennuyer ceux qui on lu le livre ? Si l'histoire était différente, ils crieraient au scandale ! C'est tous le paradoxe des adaptations de roman...

Je l'attendais de pied ferme. L’Amie prodigieuse, adaptation en série des romans d’Elena Ferrante, démarre aujourd’hui sur Canal Plus. Je n’étais pas la seule à piaffer d’impatience : nous sommes trois millions en France à avoir lu, et souvent dévoré, les quatre tomes de cette saga. Rappelons que « l’amie prodigieuse » raconte l’histoire de deux petites filles italiennes, Lila et Elena, qui grandissent dans un quartier populaire de Naples. Elles sont toutes les deux très brillantes à l’école, l’une va faire des études et l’autre pas. Et cela va donner deux trajectoires de vies très différentes. Le roman raconte cette amitié mouvementée et balaie au passage 60 ans d’histoire de l’Italie. 

Alors qu’est-ce que ça donne, en série ? Une adaptation très fidèle. Le réalisateur, Saverio Costanzo, a travaillé avec la romancière. Mais il ne l’a jamais rencontrée puisque, comme vous le savez, Elena Ferrante se cache et publie sous pseudonyme : on ne sait pas vraiment si c’est une femme ou un homme ni quel est son âge. Son récit épouse scrupuleusement celui du roman. Notamment cette scène qui m’avait marquée, dans le livre : alors que les deux fillettes sont en train de jouer dans la cour de leur immeuble, Lila jette la poupée de sa nouvelle amie dans un trou. Il y a une dose de cruauté dans cette amitié. La poupée tombe dans la cave de l’immeuble, puis Elena jette à son tour la poupée de Lila. « Ce que tu fais, je le fais aussi », souffle la fillette. Lila claironne qu’elle n’a pas peur, qu’elle peut très bien aller la chercher à la cave. Et cette conversation qui n’a l’air de rien augure de leur relation dans les décennies à venir...

A hauteur d'enfants

L’angoisse, comme les moments heureux, sont racontés à hauteur d’enfant. Les images, par ailleurs, sont très soignées. Une grande attention a été portée aux couleurs et cela donne une tonalité très forte à la série. Le réalisateur parle de « réalisme féerique ». Bref, tout cela est très beau. Mais, il y a un mais...

Je me demande si la série n’est pas trop fidèle aux romans. Bien sûr, si l’histoire avait été différente des romans, j’aurais crié au scandale ! Mais si le roman a eu un tel succès, c’est bien parce que l’histoire racontée est très forte. Résultat, si on l’a lue, on s’en souvient très bien. Et cela pose la question de l’intérêt d’une adaptation. Et pourtant, quel plaisir de retourner à Naples dans les années 1950 ! Je suis déchirée entre les deux sentiments. Moralité : j’envie ceux qui n’ont pas lu les romans et pourront découvrir cette amitié fusionnelle, galvanisante et parfois toxique. Cette relation entre deux amies, qui vous embarque sans crier gare. D’autant que la série est le fruit d’une collaboration entre la RAI italienne et les Américains de HBO, à qui on doit nombre de très bonnes séries. Bref, c’est du bel ouvrage !  

Pauvreté et violence, sans misérabilisme

Ah, les « mama » qui s’insultent par balcon interposés. Allez, je suis injuste. Même en connaissant déjà l’histoire, on se délecte de cette vie de quartier. Ceux qui n’ont pas lu le livre trouveront peut-être parfois que c’est trop lent, qu’il ne se passe pas grand-chose dans chaque épisode. Mais la force de cette série, c’est de raconter une histoire faite de violence et d’extrême pauvreté sans jamais sombrer dans le misérabilisme. Quant aux comédiens, ils sont remarquables. La première saison, en huit épisodes, couvre le premier tome du roman. La production de la saison 2 devrait bientôt démarrer. On est parti pour quelques années ! 

L’Amie prodigieuse : les deux premiers épisodes de la saison 1, jeudi 13 décembre à 21h sur Canal Plus. 

  • Légende du visuel principal: Ludovica Nasti et Elisa Del Genio incarnent Lila et Elena. Dans la série de Saverio Costanzo comme dans le roman d'Elena Ferrante, on est emporté pas cette amitié teintée de rivalité. © Aucun(e)
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