L'Empire de l'or rouge, ce mardi soir sur France 2. Quand une boite de sauce tomate industrielle raconte la globalisation de notre alimentation, avec ses gagnants et ses perdants. Un documentaire saisissant.

Vous ne regarderez plus jamais votre ketchup de la même manière. Même chose pour le coulis de tomates ou la sauce tomate, en bocal, en conserve ou en brique. Ce mardi soir sur France 2, Jean-Baptiste Mallet et Xavier Deleu consacrent un reportage passionnant à la sauce tomate industrielle, qui représente un quart de la production mondiale de tomates. Un produit qui raconte, à lui tout seul, les rouages de la mondialisation et de l'industrialisation de notre alimentation. La boite de sauce est un concentré d'histoire économique et industrielle. Saviez-vous, par exemple que le groupe Heinz, fabriquant américain de ketchup, le plus gros acheteur de tomates au monde, avait inventé le travail à la chaine bien avant Henri Ford? C'est aussi le premier à avoir fait de la tomate une industrie multimilliardaire. Après le rachat du groupe par Waren Buffet en 2014, une immense usine Heinz a fermé ses portes au Canada, laissant des centaines de salariés sur le carreau.

La Chine, poids lourd de la sauce tomate

Cette enquête qui a duré deux ans nous conduit aussi en Chine. Les Chinois ne consomment pas du tout de sauce tomate et pourtant, l'empire du milieu est un géant du secteur. C'est l'Italie qui a vendu à la Chine les premières machines pour se lancer dans cette guerre commerciale. En à peine 20 ans, la Chine est devenu une superpuissance de la tomate. Premier exportateur mondial d'or rouge. Les images dans une usine chinoise de transformation des tomates en concentré sont très spectaculaires : des tonnes et des tonnes de tomates qui sont rincées puis réduites en concentré, exporté partout dans le monde... et notamment en Italie, où il suffit de rajouter un peu d'eau et de sel puis de mettre une étiquette tout ce qu'il y a de plus italienne sur le bocal pour en faire de la sauce italienne ! Made in Italy, si si. Vérifiez sur votre brique de sauce, il n'est presque jamais écrit d'où viennent les tomates. 

De la Chine à l'Afrique

La Chine a ensuite voulu doubler l'Italie et s'est mise à transformer elle-même le concentré en sauce. Et le champ de bataille de ce duel de l'or rouge entre l'Italie et la Chine, c'est l'Afrique : continent où la consommation de sauce tomate par habitant est la plus forte. Les délocalisations d'usine chinoise en Afrique, depuis un an ou deux, répondent aux injonctions de la "nouvelle route de la soie" du président Xi Jinping et à la volonté de trouver une main d'œuvre encore moins chère.

La main d'œuvre : c'est le goût amer de la sauce industrielle. Dans le sud de l'Italie, dans des parcelles où la cueillette n'est pas automatisée, on trouve des migrants venus d'Afrique qui travaillent pour une misère et sont quasiment réduits en esclavage. En Chine, des ouvriers agricoles sont payés 10 centimes d'euros le kilo de tomates ramassé. 

Chaque année, la demande mondiale de sauce tomate augmente de 3%. Et la hausse sera encore plus forte lorsque les Chinois en mangeront. C'est pour bientôt, à n'en pas douter. Car cette histoire est aussi celle de la standardisation des goûts à l'échelle de la planète. 

Ce reportage à recommander aux lycéens et étudiants qui veulent mieux comprendre les mécanismes de la mondialisation ! D'autant qu'il est très bien fichu sur la forme : du dessin d'animation pour illustrer les passages historiques ou économiques. La manière de présenter les personnes interviewées, avec des visuels à la sauce tomate, est très créative.

Reste une question cruciale : la tomate est-elle un fruit ou un légume? Je vous répondrais que c'est surtout un baril ! C'est ainsi qu'elle est négociée : en barils de concentré, par des traders qui eux sont clairement les gagnants de ce marché très juteux. 

"L'empire de l'or rouge", ce soir à 22h50 sur France 2. Reportage de Xavier Deleu et Jean-Baptiste Mallet.

A lire : l'Empire de l'or rouge, enquête mondiale sur la tomate d'industrie, de Jean-Baptiste Mallet (Fayard).

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