Arte diffuse un documentaire consacré à l'écrivain américain, construit comme un dialogue entre lui et le personnage de son dernier roman. De quoi vous donner envie de (re)lire Paul Auster, mais aussi Siri Husvtvedt : cette écrivaine est la première critique d'Auster, la seule qui compte. Sa femme depuis 38 ans.

Arte nous donne rendez-vous avec Paul Auster, mercredi 13 février. Le romancier américain est le sujet d’un très beau documentaire. Exercice périlleux, que le documentaire sur un écrivain : difficile de s’adresser aussi bien à ceux qui ont lu Paul Auster qu’à ceux qui connaissent peu ou pas du tout son œuvre. Eh bien ce film de 52 minutes est une très jolie réussite, parce qu’il est construit comme un dialogue entre Paul Auster et Archibald Isaac Fergusson. 

Secret de famille

Ferguson est le héros du dernier roman de Paul Auster. C’est le personnage principal de « 4321 », roman fleuve paru l’an dernier. Ou plutôt ce sont les personnages principaux, puisqu’il y a quatre Ferguson différents dans ce livre, d’où son titre. Paul Auster s’attaque à une question qui nous a tous obsédée un jour où l’autre : que serais-je devenu(e) si je n’avais pas fait tel choix, si je n’avais pas rencontré telle personne, etc. Les quatre Fergusson sont les mêmes, mais ils sont complètement différents. Un héros, quatre trajectoires. 

Paul Auster est captivant, quand il lit face à la caméra des extraits de son roman, et qu’il dévoile en parallèle une partie de sa vie à lui. Les résonances entre lui son personnage multiple sont évidentes mais elles sont subtiles, complexes : Fergusson n’est pas Paul Auster, il se nourrit des failles et des obsessions de son auteur. Notamment le très lourd secret de la famille Auster. Un grand père tué par sa femme. Le père de Paul Auster n’a jamais dit à son fils comment son père à lui était mort. L'écrivain s’est construit avec ce secret, mais il a un immense respect pour le silence de son père. Et il est bouleversant quand il parle de lui, encore aujourd’hui.

Je pense à lui tout le temps. Je rêve encore de lui parfois. Il serait heureux de voir que je n'ai pas fini dans la misère. Il répétait toujours que c'est qui allait m'arriver. Mon fou de fils, comment vas-tu gagner ta vie en étant poète? Eh bien, j'y suis parvenu. Et je suis plus vieux qu'il ne l'a jamais été. C'est assez étrange et difficile à décrire : quand j'ai eu 66 ans, j'ai eu l'impression de franchir un rideau imaginaire. On vit dans un monde étrange à partir du moment où on dépasse l'âge de son père. 

Il vit dans « ce monde étrange » depuis six ans maintenant : il a 72 ans. La façon dont travaillent les écrivains est souvent fascinante, Paul Auster n’échappe pas à la règle. Les séquences où cette grande plume montre à la caméra ses carnet noircis de pattes de mouche sont très émouvantes (d’ailleurs il explique qu’il doit vite taper tout à la machine – oui, à la machine à écrire ! – parce que s’il tarde trop, il ne parvient plus à se relire). 

Siri Hustvedt, la seule critique qui compte

Et puis il y a Siri Hustvedt. Elle prend une large place dans ce documentaire. Siri Hustvedt est une grande écrivaine, qui est aussi la première lectrice de Paul Auster, et sa première critique. Ils sont mariés depuis presque 40 ans. Ce documentaire a le mérite de montrer à quel point Paul Auster admire – le mot est faible – cette grande écrivaine avec qui il est marié. Et pourtant, on le présente rarement comme le mari de Siri Hustvedt ! En revanche, on demande souvent à Siri Husvedt si l’idée de tel ou tel livre qu’elle vient de publier lui a été soufflée par son mari.

Le mérite d’un documentaire littéraire, quand il est réussi, c’est qu’il donne envie de lire, à peine la télé éteinte. Avec celui-ci, vous risquez d’avoir envie de lire deux auteurs ! Soit dit en passant : Tout ce que j’aimais, l’un des plus beaux romans de Siri Husvedt, est disponible en livre de poche. 

« Paul Auster, le jeu du hasard : documentaire de Sabine Lidl. Mercredi 13 février sur Arte à 22h35.

  • Légende du visuel principal: Paul Auster lit des extraits de son dernier roman et se confie sur les liens entre le personnage principal et lui. Captivant. © Levy / Medea Film
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