Le cinéma de minuit diffuse ce lundi ce film sombre adapté d'une nouvelle de Zola, avec Jacqueline Bouvier (future madame Pagnol) et Fernandel. Ce dernier joue là l'un des plus beaux rôles de sa carrière : celui de Toine, un bossu au grand cœur, amoureux malheureux de Naïs.

C'est un îlot précieux de cinéphilie à la télévision. Le cinéma de minuit est bien vivant, profitons-en ! Que ce soit à minuit, ou en replay le lendemain. Cette émission née en 1976 sur France 3, qui s'est installée sur France 5 depuis quelques mois, était menacée. Ou plutôt non, c'est son créateur, sa voix emblématique, Patrick Brion, qui était poussé vers la retraite à 77 ans. C'est lui qui depuis plus de 40 ans annonce le programme : en quelques mots, comme dans un ciné-club, Brion présente le film de qu'il a choisi de diffuser chaque semaine (Fritz Lang, Ophuls, Maurice Tourneur, et j'en passe). Des films qui ne passeraient jamais à la télévision sans le cinéma de minuit. La nouvelle de sa retraite forcée a fait frémir les cinéphiles et déclenché une pétition, signée par de très nombreuses personnalités du cinéma. Résultat, France Télévision a reculé il y a quelques semaines : pas de clap de fin pour Patrick Brion. 

Adaptation d'une nouvelle d'Emile Zola

Si je vous en parle aujourd'hui, c'est que le film prévu ce lundi 14 octobre est immense et trop méconnu : "Naïs". Un long métrage officiellement réalisé par Raymond Leboursier, mais en réalité tourné par Marcel Pagnol. Leboursier avait acheté les droits de la nouvelle de Zola dont il est adapté : "Naïs Micoulin".

Ce n'est pas le plus connu de Pagnol, c'est pourtant un chef d'œuvre. Un film en noir et blanc, sorti en 1945, avec Jacqueline Bouvier (future madame Pagnol) et Fernandel. On pourrait tout résumer en une phrase : Toine aime Naïs mais Naïs aime Frédéric. C'est le point de départ des vaudevilles comme celui des tragédies. Naïs est la fille d'un paysan, Frédéric le fils d'une famille bourgeoise. Et Toine est un homme simple et attachant. Un homme dont le père de Naïs ne se méfie pas, lui qui est pourtant si possessif et qui refuse que quiconque approche de sa fille. Il ne s'en méfie pas parce que Toine est bossu.

"Les petits bossus sont des petits anges"

La langue est gorgée de soleil : on est bien chez Pagnol ! On ne s'éclipse pas quand on craint de déranger, on s'esbigne. Quand une chose est belle, elle est à crever l'œil d'un borgne. Mais la tragédie, disais-je, n'est jamais loin. Toine, amoureux malheureux, est aussi le complice de Naïs et Frédéric, il les aide à cacher leur liaison au père de Naïs. Et quand les deux amants songent à un meurtre, c'est à ce brave Toine qu'on demande de l'aide. 

On est loin du Pagnol "pittoresque", plus proche du drame, voire de la tragédie. Mais surtout, Fernandel est grandiose, c'est sans doute le plus beau rôle de sa carrière. Car ce grand acteur ne savait pas seulement nous faire rire comme des bossus ! Une scène, en particulier, est déchirante. Celle où Toine parle du jour où il a compris, quand il était petit, qu'il était différent des autres. Sa grand-mère, pour le consoler, lui chantait cette chanson. « Un rêve m’a dit une chose étrange, un secret de Dieu qu’on n’a jamais su. Les petits bossus sont de petits anges qui cachent leurs ailes sous leur pardessus. »

"Naïs" : dans le cinéma de minuit sur France 5, lundi 14/10 à 23h50. Ou en replay dès le lendemain.

  • Légende du visuel principal: Fernandel bouleverse dans le rôle de Toine. Film sorti en 1945. © AFP / Les Films Marcel Pagnol / Archives du 7eme Art / Photo12
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