Ce documentaire d'Agnès Varda, tourné en 1965, est disponible sur Madelen, la plateforme de l'INA sur abonnement (le premier mois est gratuit, profitez-en !) Elsa Triolet et Louis Aragon sont désarmants d'amour fou, et on y découvre une écrivaine franco-russe lucide sur son statut de muse de poète.

Les yeux d'Elsa, les yeux d'Elsa, les yeux d'Elsa.
Les yeux d'Elsa, les yeux d'Elsa, les yeux d'Elsa. © Albert Courand / INA

"Donne-moi tes mains que mon cœur s’y forme. S’y taise le monde au moins un instant". L'amour de Louis Aragon pour Elsa Triolet fut une bénédiction pour la poésie française. Or on en sait trop peu sur cette femme. Je vous recommande un documentaire formidable, à voir sur Madelen, pour faire sa connaissance. 

Triolet, Aragon, Varda...

Madelen est la plateforme de streaming de l’INA. L’institut national de l’audiovisuel, vous le savez, propose sur son site pléthore de vidéos gratuites. A cela s’ajoute, depuis quelques mois, une offre payante : pour 3 euros par mois (le premier mois est offert), on a accès à des trésors d’archives. Des formats longs, des émissions, des documentaires, des spectacles, des concerts... Idéal en cas de couvre-feu ! Et j’ai repéré ce documentaire singulier, qui dure vingt minutes, diffusé à l’époque dans l’émission Dim Dam Dom : « Elsa la rose ». Nous sommes en 1965, Aragon et Triolet sont en couple depuis 38 ans, et c'est Agnès Varda qui les filme. 

... et Piccoli !

Elsa Triolet se moque de son amoureux, elle le contredit, il lui sourit. Ils sont beaucoup trop mignons ! Ces images, en noir et blanc, sont accompagnées de poèmes lus par Michel Piccoli, en voix off. Elsa Triolet, écrivaine russe installée en France, morte en 1970, fut la première femme à obtenir le Prix Goncourt. Et cette intellectuelle est très touchante quand elle parle du rôle de muse dans lequel on l’a trop souvent enfermée.  

Les lecteurs de ces poèmes s'attendent à ce que j'aie vingt ans éternellement. Comme je ne peux pas satisfaire ce besoin de beauté et de jeunesse, je me sens coupable, et ça me rend malheureuse. (...) Ce qui est terrible, c'est que ce n'est pas pour moi seule. C'est pour ça que je parle d'autres poèmes où moi, je sais de quoi il s'agit et où ça reste secret pour les autres. Je ne suis peut-être pas très partageuse. 

Pas très partageuse, non, mais tellement lucide ! Aragon, lui, se met en scène, il cabotine : on le voit écrire en lettres immenses sur de grandes feuilles : « Je suis plein du silence assourdissant d’aimer ». « Ma vie en vérité commence le jour où je t’ai rencontrée ». Peut-être dois-je avertir les célibataires : ce film est un peu agaçant pour celles et ceux qui ne filent pas le parfait amour ! Mais il serait dommage de le rater.

« Elsa la rose », un film d’Agnès Varda, à voir sur « Madelen », pour les abonnés.  

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