En 1976, à Cologne, Romy Schneider accorde une interview unique en français, la langue des confidences, à la féministe allemande Alice Schwarzer. Quarante ans après, Alice confie à Patrick Jeudy les enregistrements sonores de cette conversation et se souvient, devant la caméra, de cette nuit particulière.

Un dimanche soir avec Romy Schneider... La comédienne aurait eu 80 ans dans quelques jours. À cette occasion, Arte lui consacre deux soirées spéciales, dimanche et lundi. Au menu de dimanche : d'abord César et Rosalie, chef d'œuvre de Claude Sautet. Et ensuite, un documentaire inédit : Conversation avec Romy Schneider. Documentaire qui repose sur une idée franchement casse-gueule, si vous me permettez l'expression : il est construit autour d'une simple cassette. Autour d'en enregistrement audio. Patrick Jeudy, dans ce documentaire, nous raconte une interview de Romy Schneider, qui n'a pas été filmée mais seulement enregistrée. C'est tout? Oui, c'est tout. Et pourtant, le résultat est d'une intensité précieuse. 

L'interview en question date de 1976. Le 12 décembre 76. Il neige cette nuit-là, à Cologne. Romy Schneider a 38 ans, elle est au sommet de sa gloire. Alors qu'elle ne donne plus aucune interview, elle décide de se confier à une femme, une féministe allemande très militante, Alice Schwarzer. L'actrice, qui est déjà une icône du cinéma français, se livre comme jamais elle ne l'a fait, pendant des heures. Elle retrace le fil de sa vie, jalonnée d'allers-retours entre l'Allemagne et la France. Le son n'est pas excellent, mais on entend la sincérité. Les éclats de rire et les larmes étranglées. Face à la caméra, Alice Schwarzer, plus de 40 ans après, nous fait écouter sa cassette et nous raconte cette soirée hors du temps. 

Spleen germanique

Romy évoque son "spleen germanique". Romy Schneider a emprunté cette expression à Luchino Visconti. Et c'est sur sa relation avec l'Allemagne que l'actrice est la plus touchante. D'ailleurs elle parle en français, sa langue de cœur. Seule la colère la fait revenir parfois à sa langue maternelle. Depuis qu'elle a joué dans Sissi, à l'âge de 15 ans, les Allemands continuent à la voir comme une jeune première bien sage et souriante. Elle veut s'affirmer comme une femme libre, elle que la presse allemande a tellement malmenée. 

Parfois, Alice Schwarzer est sommée de ne plus enregistrer ("Arrête la machine Alice, arrête la machine"). Notamment quand Romy Schneider évoque ce qui lui fait tellement honte : les accointances de ses parents avec le régime nazi. Sa mère, Magda (que vous avez vu dans Sissi puisqu'elle jouait la mère de Sissi l'impératrice) a été filmée par Eva Braun aux côtés d'Adolf Hitler. Romy soupçonne même sa mère d'avoir eu une liaison avec le Führer. Des confessions douloureuses, il y en a d'autres. 

Se noyer dans son regard

Cette nuit-là, Romy a montré tous ses visages : tour à tour orgueilleuse, angoissée, véhémente, autoritaire, perdue, grave, légère. On perçoit une immense solitude. Mais on l'entend rire aussi ! Et casser un verre. La soirée fut riche en alcool et en cigarettes, semble-t-il.

Les images de Romy Schneider, des images d'archives pour accompagner les extraits sonores, sont remarquablement choisies : on se noie dans le regard de cette actrice légendaire en l'écoutant dévoiler ses failles et ses colères. Alors oui, finalement, c'était une bonne idée, ce documentaire construit à partir d'une vieille cassette audio

Conversation avec Romy Schneider : documentaire de Patrick Jeudy à voir sur Arte dimanche à 22h40, juste après César et Rosalie de Claude Sautet. Et le cycle Romy Schneider se poursuit lundi avec Une histoire simple, film de Sautet également. 

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