Avant la crise des gilets jaunes, comment le pouvoir a-t-il affronté mai 68, la réforme de l'école en 84 ou les émeutes en banlieue de 2005 ? Sur France 2, un documentaire très bien construit et haletant décortique le fonctionnement de nos institutions avec ceux qui étaient au cœur du pouvoir.

Un documentaire de trois heures sur la Constitution Française, pour fêter ses 60 ans. Dit comme ça, c'est à crever d'ennui. Et pourtant je vous assure que ce film, qui ausculte le fonctionnement de nos institutions, est absolument passionnant. D'abord parce que les auteurs, Gabriel Le Bomin et Patrice Duhamel, ont très habilement travaillé le montage et le rythme : leur sens du récit accroche notre attention, avec le merveilleux Denis Podalydès pour la voix off. 

Casting exceptionnel

Mais surtout, parce que cette fresque historique éclaire l'actualité. Il est précieux, en pleine crise des "gilets jaunes", de voir comment les prédécesseurs d'Emmanuel Macron et Edouard Philippe ont affronté les tempêtes (que ce soit mai 68, la réforme de l'école en 84, ou encore les émeutes de banlieue en 2005). Et ce sont les premiers concernés qui racontent : trois anciens Présidents (Giscard, Sarkozy, Hollande), huit anciens Premiers Ministres et une flopée d'anciens ministres témoignent face à la caméra, souvent avec une désarmante sincérité. 

Référendum : les réserves des anciens présidents

Il est question d'un mot qu'on entend beaucoup ces temps-ci : référendum. Alors que le grand débat national va se pencher sur le "référendum d'initiative citoyenne", rappelons-nous que ce scrutin était l'une des grandes innovations de la Vème République. D'ailleurs la Constitution elle-même fut approuvée par référendum en 1958. Mais le général de Gaulle, quelle que soit la question posée, considérait qu'on votait pour lui on contre lui. Onze ans plus tard, les Français disent "non" à la réforme du Sénat : il démissionne. Ses successeurs se méfieront de cet outil à double tranchant.  A l'image de François Hollande :

Je suis extrêmement réticent à l'égard du référendum. Parce que le référendum divise. Lorsqu'il s'agit d'une modification profonde de nos institutions - comme le quinquennat - il est nécessaire. Mais fallait-il le faire sur le mariage pour tous, ou l'abolition de la peine de mort? Je considère qu'il n'y a pas lieu de procéder à des référendum sur des questions qui sont d’abord de la compétence du Parlement. 

Nicolas Sarkozy et Valéry Giscard d'Estaing, qui apparaissent aussi dans ce film, se montrent tout aussi peu emballé par le référendum. 

L'immense mérite de ce documentaire, c'est qu'il explique nos institutions de façon très concrète : en racontant de l'intérieur les épisodes marquants de la Vè République. Et le plus fascinant, c'est la relation entre le chef de l’État et le Premier Ministre. Entre la confiance et le mépris (pour le dire gentiment), il y a un bel éventail des possibles. Pour Nicolas Sarkozy par exemple, le pouvoir ne pouvait être qu'à l’Élysée. "François Fillon? C'est un collaborateur", glisse à l'époque le président à quelques journalistes. Le premier intéressé n'a pas oublié : 

Cela fait partie des moments difficiles dans la relation entre Nicolas Sarkozy et moi. Je lui ai proposé ma démission à deux ou trois reprises. Mais paradoxalement, ce sont les premiers mois de cette cohabitation qui ont été difficiles. Avec le temps, on a trouvé un équilibre. 

On notera que c'est la toute première interview télé de François Fillon depuis sa défaite à la présidentielle de 2017. Il est assez frappant de l'entendre parler d'une "cohabitation" avec Sarkozy ! 

Emmanuel Macron n'a pas accepté d’apparaître dans ce film. On lui conseille en tout cas de le regarder, car il montre que depuis 1958, la rue est un vrai contre-pouvoir, même si sa fonction n'est pas écrite dans la Constitution. 

"Vème République, au cœur du pouvoir", mardi 15/01 à 21h sur France 2. 

  • Légende du visuel principal: Nicolas Sarkozy et François Hollande en mars 2018. © AFP / Philippe LOPEZ
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