"Edouard, mon pote de droite" : deuxième épisode de la série documentaire, sur France 3. Laurent Cibien filme Edouard Philippe à l'époque où il est porte-parole d'Alain Juppé : en cas de victoire de ce dernier, il peut espérer une place au gouvernement, mais quand même pas à Matignon...

Avant toutes choses, mesurons la baraka de Laurent Cibien : ce journaliste retrouve en 2003 un vieux pote de lycée devenu adjoint au maire du Havre. Il se dit "tiens, ça ferait un chouette sujet de documentaire, je pourrais raconter à travers lui la fabrique du pouvoir en France". Il le filme pendant plus de dix ans. Et quatorze ans plus tard, celui que personne ne connaissait à l'époque, qui n'était qu'un apparatchik de l'UMP, devient premier ministre. C'est ce qui s'appelle miser sur le bon cheval.  

Libéral assumé

"Edouard, mon pote de droite" est une série documentaire au long cours. Le premier épisode racontait l'élection d'Edouard Philippe à la mairie du Havre. Le deuxième est diffusé ce mardi soir sur France 3. Voilà un film passionnant et dont le ton, surtout, est très inhabituel. Car le parti pris est assumé : c'est un homme de gauche qui filme son pote de droite. Il lui fait remarquer, par exemple, que le terme "justice sociale" ne revient pas beaucoup dans ses propos. Edouard Philippe s'en explique et assume d'être un libéral. Cette proximité entre les deux hommes, en tout cas, offre un naturel qu'on voit peu dans les reportages politiques. 

La meilleure preuve que ce film est réussi, c'est qu'il parvient à nous replonger dans les primaires de la droite et du centre, sans nous faire soupirer d'ennui ! Souvenez-vous : à l'époque, Alain Juppé était le grand favori, et Edouard Philippe était son porte-parole

Laurent Cibien filme quelques réunions de l'équipe de campagne, et il est assez intéressant de voir comment les fameux éléments de langages sont livrés aux troupes : "on entend beaucoup dire ceci, voilà ce qu'il faut répondre", "telle musique se fait entendre dans les médias, vous rétorquez cela", etc. 

Assurance et gravité

A l'époque, en cas de victoire de Juppé à la présidentielle, Philippe peut espérer une place au gouvernement. Peut-être un ministère important. Mais pas Matignon, quand même ! C'est là, évidemment, que ce documentaire trouve tout son sel : au regard de ce qu'est devenu Edouard Philippe aujourd'hui. Notamment quand il dit, en regardant Manuel Valls à la télévision (en décembre 2015): 

Manolo, il est cramé, regarde-le. Ça doit être dur, d’être Premier ministre. Il est cuit...

Tout aussi savoureux, les pronostics d'Edouard Philippe sur l'avenir d'Emmanuel Macron, en 2016. Le porte-parole d'Alain Juppé déjeune ce jour-là avec des journalistes : 

Je l'aime bien, Emmanuel, mais je ne crois pas du tout qu'il ait ses chances. Personne ne me parle de lui sur le terrain. 

Ce qui est frappant, surtout, c'est de voir Edouard Philippe gagner en assurance et en gravité au fil des mois, à l'approche de la primaire à droite puis après la défaite d'Alain Juppé face à François Fillon. 

Épisode 3 en cours de tournage

En somme, c'est l'histoire d'un homme qui croit en son mentor, qui fait tout pour le voir gagner, qui visiblement aime se battre (et pas seulement au figuré : on a droit à quelques séquences d'entrainement de boxe) et qui gagne à la fin, mais pas du tout de la façon qu'il avait imaginée. Un film à conseiller à tous ceux qui doutent encore du potentiel romanesque de la vie politique. L'épisode 3 est en cours de tournage : il raconte Edouard Philippe "aux manettes", à Matignon.  

Edouard, mon pote de droite, épisode 2 : Primaire. Un film de Laurent Cibien. Durée 1h30. Diffusion mardi 15 mai à 22h30 sur France 3. A voir ensuite en replay. 

Légende du visuel principal:
"Bon, maintenant je vais aller faire le clown !" lâche Edouard Phillippe après son entrainement de boxe, avant d'attaquer sa journée de maire du Havre. © Lardux Films - Laurent Cibien
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