Le "Dull Men's Club", le club des hommes ennuyeux, est au cœur d'un documentaire à voir gratuitement sur Internet. On y trouve un collectionneur de bouteilles de lait et un adepte des promenades en escalators. Des contemplatifs, qui ont la passion de l'ordinaire. Ils semblent sans éclat ? Non, ils s’éclatent.

Le mois dernier, je vous recommandais un film un peu doux-dingue qui rendait hommage à l’art giratoire. Les ronds-points français regorgent en effet d’œuvres d’art trop peu célébrées. Juste après cette chronique, un auditeur m’a signalé un autre documentaire indispensable, consacré à un club britannique : le « Dull Men’s Club », qu’on pourrait traduire comme le club des hommes ternes, ou des hommes ennuyeux. Et dans cette confrérie étonnante, on trouve notamment un homme passionné par les ronds-points. Mais pas seulement :

Nous considérons que nous sommes ennuyeux, mais pas sans intérêt. Nous apprécions les plus beaux aspects de la vie. Nous avons un club d’amateurs de biscuits. Un club de protection des cônes de chantier. Un club pour la protection de l’apostrophe. Un club d’amateurs de nuages, etc. etc. 

J’espère qu’il reste de la place chez les amateurs de nuages, je voudrais m’y inscrire ! Celui la protection des cônes de chantier m’attire moins, mais il est doux de savoir qu’il existe. Ce documentaire dure un quart d’heure, il est joliment intitulé « jusqu’au bout de l’ennui ». Et je peux vous assurer qu’il n’est pas ennuyeux du tout !

Collectionneurs de cure-dents et de cintres

Ce film est disponible sur le site 99.media.  C’est une plateforme française, qui récupère des documentaires dans le monde entier, les traduit, les sous-titre, et les diffuse ensuite gratuitement. L’ambition affichée, c’est de nous parler des 99% de la population que les médias montrent peu, d’où son titre. Je vous laisse aller jeter un œil : vous y verrez des documentaires tournés dans le monde entier, au Japon, au Mexique et j’en passe, avec à chaque fois des histoires très originales. 

Mais revenons-en à nos hommes ternes. Parmi les membres de ce club, un type s’est mis en tête de prendre en photo toutes les boites aux lettres du Royaume-Uni. Il y en a plus de 100.000, ça fait un peu de travail. Un autre affectionne les promenades en escalator. Un autre collectionne les sacs à vomi qu’on donne dans l’avion. Un autre les cure-dents. Un autre les menus de restaurant. Les agrafeuses. Les cintres. Les bouteilles de lait. Les caddies. Il y a plus de 100 catégories différentes ! Le gars qui a accumulé 1750 bouteilles de lait différentes est très fier. Cette fierté lui procure de la joie. Ce monsieur, croyez-le ou non, ne boit pas de lait. Il n’aime pas ça. 

Autodérision et rébellion

Ces hommes ternes ont un sens de l’autodérision délicieux, très anglais sans doute, mais surtout presque rebelle pour leur époque. Attention tout de même : un hobby, même à mourir d’ennui, peut vite devenir une obsession. Le monsieur qui collectionne des briques, témoignages du passé industriel de sa région, en parle très bien. Il faut se fixer des limites, ne pas accumuler trop de briques. 

Ces messieurs ont décidé de suivre le chemin de la banalité plutôt que d’aspirer à l’éclat et au prestige, et pour ça ils méritent le respect ! Ma seule réserve, vous la devinez : mais pourquoi un club pour les hommes seulement ? Nous les femmes sommes tout à fait capables d’être à la hauteur de l’ennui, aussi. De cultiver notre passion de l'ordinaire. 

Références

Le site 99.media

► Le documentaire "Jusqu'au bout de l'ennui", réalisé par Andy Oxley.

  • Légende du visuel principal: Ce monsieur photographie toutes les boites aux lettres du Royaume Uni. Il est membre du "Dull men's club", le club des hommes ennuyeux. © Andy Oxley / 99.media
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