Le film de Céline Sciamma a rencontré un beau succès dans le monde entier, sauf en France où l’accueil qu’il a reçu n'a pas été à la hauteur de sa qualité. Grâce à son partenariat avec UniversCiné, France Inter vous propose une séance de rattrapage !

Noémie Merlant et Adèle Haenel, amantes dans "Portrait de la jeune fille en feu"
Noémie Merlant et Adèle Haenel, amantes dans "Portrait de la jeune fille en feu" © Pyramide Films

France Inter s’est associée à Univers Ciné, plateforme de vidéo à la demande, pour soutenir le cinéma indépendant dans la crise qu’il traverse. Grâce au code promo franceinterxuc (plus de détail ici, des films géniaux sont à louer pour 2 euros 50 (au lieu de 5 euros habituellement sur Univers Ciné) et parfois même moins. A ce prix-là, franchement, ne boudez pas votre plaisir. Dans la sélection, vous trouverez entre autres Le vent se lève de Ken Loach, Parasite de Bong Joon Ho, Persepolis de Marjane Satrapi, ou Parle avec elle de Pedro Almodovar. Il y a quatre-vingt films au total. Mais celui que je vous interdis de rater, c’est le dernier de Céline Sciamma.

Un marketing sans flamme

Ce film n’a pas du tout reçu un accueil à la hauteur de sa qualité. En tout cas pas en France : moins de 300.000 spectateurs, à sa sortie en salles en septembre dernier. Portrait de la jeune fille en feu est un geste de cinéma sublime, porté par deux grandes comédiennes, Adèle Haenel et Noémie Merlant, porté aussi par un travail rare sur la lumière. Mais il a été victime, à mon avis, d’une bande annonce désastreuse. 

Je me souviens très bien de ce que j’avais pensé, en la voyant au cinéma : ce film glacial, solennel, en costume époques, qui semble très économe en dialogue, non merci. Alors que c’est une brûlante histoire d’amour ! D’ailleurs, la bande annonce américaine montre ça : un film romantique

Peut-être faut-il y voir un lien de cause à effet : le film a très bien marché aux Etats-Unis, et à l’étranger en général. Notamment en Corée du Sud, où il est devenu un petit phénomène. En France, le marketing autour de ce film a clairement manqué de flamme. Mais le public français doit se ressaisir d’urgence !

Une passion éclairée à la bougie

Je vous rappelle l'histoire : nous sommes sur une île bretonne balayée par le vent, à la fin du 18ème siècle. Héloïse - incarnée par Adèle Haenel - a été sortie du couvent pour être mariée à un homme riche à Milan. Mais ce dernier veut d’abord la voir, alors il faut la peindre. Sauf qu'elle refuse de poser, car elle refuse de se marier. Sa mère embauche donc une peintre et la fait passer pour une dame de compagnie. Marianne doit observer Héloïse pendant leurs promenades, pour la peindre à son insu.

Le jeu des regards est absolument sublime. Subtilement, progressivement, on voit naitre le désir entre ces deux femmes. Il y a là une passionnante réflexion sur ce que signifie regarder, dans l’acte de création (les yeux de l’artiste sur sa modèle) et dans le sentiment amoureux

Une réplique est restée gravée dans ma mémoire. C’est une question que pose Héloïse à Marianne : 

Vous pensez que tous les amants ont le sentiment d’inventer quelque chose ?  

Elle découvre l’amour, mais elle a la certitude de déjà « connaître les gestes ». Voilà ce qui est bouleversant, au fond, dans ce film : il raconte la singularité du sentiment amoureux. Cette impression que personne, nulle part, jamais, n’a ressenti ce que l’on est en train de ressentir. Vous vous en doutez, puisque c’est un amour entre deux femmes, et qu’on est au XVIIIème siècle, rien ne sera simple… mais là n’est pas le coeur du sujet et c’est très intelligent, de la part de Céline Sciamma : les amours lesbiennes ont besoin d’être visibles au cinéma pour ce qu’elles sont, des histoires d’amour. Celle-ci est vibrante, incandescente et éclairée à la bougie. 

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