Une famille se rend sur une plage pour rendre hommage au grand père qui vient de mourir. Le court métrage de Lucrèce Andreae, petite merveille de 15 minutes, drôle et mélancolique, est à voir sur le site d'Arte.

Cette chronique est pour Élisabeth, 78 ans, qui vit en Ardèche et m'a écrit une lettre adorable. Cette auditrice écoute attentivement la chronique télé tous les matins, mais elle n'a pas la télé ! Alors l'autre jour, quand j'ai parlé avec enthousiasme d'un documentaire animalier, elle est allée chez sa voisine pour le voir avec elle. Cette histoire m'enchante. Élisabeth, j'espère que votre voisine a une connexion Internet parce que le petit film que je vous conseille ce matin mérite que vous retourniez sonner chez la voisine. Pépé le morse a obtenu le César 2018 du meilleur court-métrage d'animation.

Une famille en file indienne

Nous sommes sur une plage déserte, balayée par un vent glacial, en plein mois d'octobre. Le décor, dessiné à l'aquarelle, est sublime. Et au milieu des dunes, voici que se pointe une famille qui marche en file indienne en grelottant : la grand-mère, la mère et quatre enfants. Le dessin est très réussi, le trait plein de malice. Tout le monde soupire : mais qu'est-ce qu'on fout là par un temps pareil? Tout le monde sauf la grand mère, agrippée à un crucifix, qui est un peu bizarre : la voilà qui pousse un petit cri et tombe par terre. 

Le petit garçon de la famille explique :

Un copain m'a dit qu'en Russie, il y a des espèces de gros types qui passent leur vie à bronzer, même quand il fait froid. On les appelle les morses ! Je crois que pépé, c'était un morse. Et maintenant il est mort.

Gravité et trivialité

C'est pour rendre un dernier hommage au grand père que la famille se retrouve sur cette plage, là où Pépé venait bronzer et fumer des tonnes de cigarettes. Peut-être bien que pépé est mort d'avoir trop bronzé. Je n'en dévoile pas plus, mais c'est un film qui se promène avec espièglerie sur la frontière fragile entre le rire et l'émotion. Un peu comme quand on se met à rire après un enterrement, au moment de boire un coup avec les proches du défunt. Quand elle a reçu son César, la réalisatrice, Lucrèce Andreae, a expliqué que ce film était une tentative confuse de "régler quelque chose avec ses morts adorés". Dans cette famille où on s'aime en se chamaillant, où chacun se dépatouille comme il peut avec sa tristesse et son deuil, tout le monde va sans doute reconnaitre un peu sa propre famille. Ce court-métrage est une petite merveille, mélange de gravité et de trivialité, de poésie et d'humour vache. J'espère surtout que ça va plaire à Élisabeth !

Pépé le morse, de Lucrèce Andreae, à voir sur le site d'Arte. 

Légende du visuel principal:
Pépé le morse de Lucrèce Andreae © © Caïmans Productions
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