Ce formidable documentaire nous plonge, grâce à des images d'archives tournées à Roland Garros en 1984, dans la psychologie du tennisman américain. John McEnroe, sur un court de tennis, était aussi génial que colérique et émotif. Comme s'il avait besoin de l'hostilité de tous pour ne devoir sa victoire qu'à lui-même.

Le gaucher le plus adroit de l’histoire du tennis est au coeur d'un documentaire éblouissant, passionnant et singulier, proposé sur la plateforme OCS : « John Mc Enroe, l’empire de la perfection ». 

Percer le mystère du génie de la raquette

Pourquoi singulier ? Parce que tout commence par une idée qui peut sembler fumeuse : utiliser des archives pour leur faire raconter autre chose que leur but initial. Julien Faraut, le réalisateur, est tombé sur des images tournées à Roland Garros en 1984. Des images qui donnèrent à l’époque un film très technique, pour expliquer la stratégie et les gestes du tennisman américain, à grands renforts de ralentis : tellement didactique que ça en devient presque comique ! Mais le propos n’est pas de se moquer de ce vieux film. Pas du tout. Car Julien Faraut a aussi trouvé les rushs : tout ce qui a été coupé au montage. Et dans ces dizaines d’heures d’images, on aperçoit à peine les adversaires de McEnroe. On ne voit que lui. Voilà un matériau fascinant pour percer le mystère de ce génie de la raquette. Mathieu Amalric est la voix-off de ce documentaire.

Il faut ne regarder que McEnroe - son visage, son corps, son attitude - pour en être convaincu : il joue contre lui-même ! Car c'est bien la psychologie du joueur, plus que ses gestes, qui nous intéresse ici. La carrière de cet immense sportif l'a montré : il était son propre adversaire. Tellement perfectionniste que la moindre impression d’hésitation ou de désinvolture chez les autres, et notamment les arbitres, pouvait le mettre dans une colère noire. 

John Amadeus McEnroe !

Avez-vous vu le film Amadeus, de Milos Forman ? Eh bien figurez-vous que Tom Hulce, qui joue Mozart dans le film, a préparé son rôle en s’inspirant de McEnroe. Il a regardé l’attitude du joueur sur le court. En particulier ses célèbres coups de colère contre les arbitres. Les images de McEnroe mélangées à celle du film Amadeus montrent l’évidence : ces deux là se ressemblent ! Colériques, enfants gâtés, capricieux, arrogants, émotifs et... géniaux. 

McEnroe se sentait toujours victime d’une immense injustice. On le voit parfois au bord des larmes, ou prêt à exploser de colère. Il invective les photographes, donne des coups de raquette à la caméra qui s'approche trop. Tout cela est résumé ainsi par le critique de cinéma Serge Daney, passionné de tennis : 

Une seule chose le motive : ne devoir ses victoires qu’à lui-même, les arracher au monde et ne les partager avec personne. McEnroe ne joue bien que s’il a le sentiment que tout le monde est contre lui. L’hostilité, c’est sa drogue. Il faut que les arbitres, les lignes, le filet, le public, le menacent et l’obligent à gagner, en lui donnant l’impression d’avoir le dos au mur. 

Cette année-là, en 1984, l'Américain a perdu en finale contre Ivan Lendl. Et ce match, dont on connait pourtant l'issue, prend soudain une dimension phénoménale : cette fois, on voit l'adversaire, on voit le match, le suspense est insoutenable. Et quand McEnroe perd, ce n'est pas une défaite, c'est une tragédie. "Le cinéma ment, disait Jean-Luc Godard, pas le sport".

"John McEnroe, l'empire de la perfection". Documentaire à voir sur la plateforme OCS pour les abonnés. 

  • Légende du visuel principal: L'Américain s'est incliné face au Tchèque Ivan Lendel en finale de Roland Garros. 1984. © AFP / JOEL ROBINE / AFP
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