A voir sur Arte, le film qui fit sensation à Cannes en 2015. Mustang, premier film de Deniz Ergüven, est une ode lumineuse à la liberté : l'histoire de cinq sœurs en proie au puritanisme dans un petit village reculé de Turquie.

Vous trouvez peut-être que le festival de Cannes est un peu agaçant : on entend parler de films qui ont l’air formidables mais qu’on ne peut pas encore voir, pour la plupart. Alors regardez ce soir sur Arte le film qui fit sensation sur la Croisette en 2015 : Mustang, de Deniz Gamze Ergüven. Cinéaste franco-turque dont le deuxième film, Kings, est en salles en ce moment (avec un tout autre décor : celui de Los Angeles dans les années 1990). 

Mustang, en 2015, a rencontré un très beau succès public (plus de 600.000 entrées), a décroché 4 Césars et a représenté la France aux Oscars dans la catégorie meilleur film étranger. Bref, c’est l’occasion de vous rattraper si vous n’avez jamais vu ce chef d’œuvre (oui, il ne faut pas avoir peur, parfois, d’employer le mot). 

Une maison transformée en prison

Dès les premières minutes, on est saisi par la grâce et l’énergie qui se dégagent de ce film. C’est la fin de l’année scolaire, ce moment si particulier des grandes vacances qui commencent. Un village au bord de la mer. Cinq jeunes filles, cinq sœurs, avec leur uniforme de l’école, se mettent à jouer dans l’eau, toutes habillées. Elles montent sur les épaules des garçons et jouent à se bagarrer. La scène baigne dans une lumière sublime, on s’éclabousse dans les éclats de rire, mais déjà le spectateur ressent une inquiétude sourde.

Car nous sommes en Turquie, dans un village reculé sur les rives de la mer noire. Et ces sœurs vont subir le poids de la tradition, de la morale et de la religion. C’est obscène, de monter sur les épaules des garçons. Les cinq sœurs sont orphelines, élevées par un oncle et par leur grand-mère. Et petit à petit, leur maison va se transformer en prison. On les enferme en attendant de les marier de force. 

Un film oxymore : désespéré et lumineux

Le sujet est très grave mais ce film est lumineux. Car les sœurs sont indociles, surtout la plus jeune, Lale. Ce qui est impressionnant, dans Mustang, c’est le rythme créé par les changements de ton : on est au bord des larmes, on pleure à chaudes larmes, on a peur, souvent, et on rit aussi parfois. Les cinq comédiennes non professionnelles qui jouent les sœurs sont impressionnantes de naturel. On a parfois l’impression qu’elles sont un seul et même personnage : une sorte de monstre de féminité à cinq têtes. Elles représentent toutes les attitudes possibles face à l’oppression des femmes : la résignation, la rébellion, la fuite... Leur soif de liberté va avoir des conséquences parfois dramatiques. 

Mustang dénonce la montée du conservatisme en Turquie. C’est une ode à la liberté. Un film oxymore : désespéré et lumineux. Mustang, surtout, qui porte bien son nom : il est puissant, sensuel et fougueux comme un cheval sauvage au galop. 

Mustang, de Deniz Gamze Ergüven : mercredi 16 mai à 20h55 sur Arte et en replay sur le site d'Arte. Durée 1h35.  

A voir aussi sur Arte, à 22h30 : Il était une fois... Mustang. Documentaire d'Amine Mestari (durée 50 minutes).

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