Trente mille euros le kilos : la corne de rhinocéros se vend au prix de l'or sur le marché noir. Un documentaire saisissant diffusé sur Arte remonte la filière de ce marché contrôlé par le crime organisé. En Asie, on prête à ce produit des vertus médicales qui n'ont jamais été prouvées.

L’année dernière, au zoo de Thoiry, dans les Yvelines, un rhinocéros a été tué pour sa corne. Il a été abattu dans l’enceinte même du zoo et sa corne coupée. C’était une première en Europe mais en Afrique, c’est la routine : un rhinocéros est tué toutes les huit heures. Le massacre est quotidien, surtout en Afrique du Sud où vivent 80% des rhinocéros de la planète. Arte consacre un documentaire saisissant sur ce marché contrôlé par le crime organisé : « Rhino dollars » (diffusé mardi 16 à 20h50 et disponible ensuite 60 jours en replay). 

Corne d'abondance

C’est un commerce interdit depuis 40 ans, mais sur le marché noir, la corne de rhino se négocie 30 000 euros le kilo : aussi cher que l’or. Olivia Mokiejewski a enquêté pendant deux ans pour infiltrer cette mafia et gagner la confiance des braconniers. L’un d’eux, Tato, se confie en masquant son visage. Il a déjà abattu 7 rhinocéros.

On part toujours à trois, moi je porte l'arme. Quand je vois le rhino, je vois de l'argent, c'est le jackpott. Tous ces trucs autour des animaux, c'est pour les blancs qui sont riches. 

Le comédien Gérard Darmon assure la voix off de ce documentaire saisissant, qui a le mérite de se garder de tout manichéisme. L’argent de la corne ruisselle sur des populations très pauvres attirées par l’argent facile. Tato n’est qu’une main armée dans cette affaire. Au-dessus de lui, il y a un réseau énorme : ceux qui transportent les cornes, ceux qui blanchissent l’argent. Et puis des parrains de la corne, exactement comme dans le trafic de drogue. 

La corruption est omniprésente : on achète les policiers, les magistrats, et même les défenseurs des animaux et les gardes forestiers chargés de les protéger. Le documentaire est tourné comme un thriller, avec des séquences en immersion auprès des commandos armés qui protègent les rhinocéros. 

De la savane sud-africaine aux soirées chics du Vietnam

L’enquête passe aussi par l'Asie. C’est au Vietnam et en Chine que sont vendues la plupart des cornes. Là-bas, elles sont réduites en poudre et mélangées à de l’eau. On voit un consommateur en boire dans le documentaire : un homme d’affaire très riche, qui explique que grâce à cela il n’est jamais malade. Ce trafic repose en effet sur des croyances sans aucun fondement scientifique : la corde de rhino aurait des effets contre le cancer ou contre l’impuissance. Mais c’est aussi un marqueur social : en Vietnam, on consomme de la corne de rhino dans les soirées chic. Ce produit, qui ne comporte pourtant que de la kératine (exactement comme les ongles humains) est devenu le reflet d’un statut social, un symbole de pouvoir. 

On fait aussi un détour par un orphelinat de rhino en Afrique du Sud, qui recueille les bébés dont la mère a été abattue par les braconniers. Mais les bébés rhinos, eux aussi, sont aussi la cible des braconniers, pourtant leur corne est toute petite. Au prix de l’or, chaque gramme compte. Et puis en tuant les petits, certains font aussi un calcul cynique : plus l’espèce sera rare, plus la corne sera chère

Le rhinocéros est une cause populaire. Des centaines d’ONG lèvent des millions d’euros en son nom. Mais sur le terrain, l’hécatombe continue. En Afrique du Sud, il reste aujourd’hui 20 000 rhinocéros. Au rythme où vont les choses, l’espèce aura disparu dans vingt ans

« Rhino-dollars », mardi à 20h50 sur Arte et ensuite en replay pendant deux mois sur le site d’Arte. 

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En Afrique, un rhinocéros est abattu toutes les huit heures, uniquement pour sa corne, qui se négocie à prix d'or sur le marché noir. © Stéphane Jobert TV Presse
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