On connait bien ce moustachu aux yeux doux qui gratte sa guitare en chantant son anarchisme. Dans son documentaire, Philippe Kohly livre un portrait intime du chanteur par le biais de ses archives personnelles : sa mauvaise réputation, ses copains d'abord, ses amours aussi. A voir sur France 3 ce vendredi 17 avril.

Georges Brassens
Georges Brassens © F. Onteniente

C’est un documentaire inédit, touchant et très riche, que je recommande même à ceux qui connaissent par cœur le répertoire de l’homme à la moustache. Je suis certaine que tout le monde y apprendra quelque chose. Quel bonhomme fascinant, ce Georges ! Philippe Kohly, le réalisateur de ce portrait, s’appuie sur les archives personnelles du chanteur : ses carnets et ses films de famille, de copains, de vacances. Une séquence à la plage, notamment, avec un Georges Brassens en slip de bain, est des plus savoureuses ! Le tout est émaillé, bien sûr, de ses chansons et des entretiens qu’il a accordés. La voix off du documentaire - excellent choix - est assurée par Sandrine Kiberlain

La mauvaise réputation

Brassens a été condamné, adolescent, à de la prison avec sursis dans une affaire de vol de bijoux. Sa mère était effondrée que soit ainsi salie la famille. C’est de là que vient la chanson La mauvaise réputation. C’est ce scandale qui l’a fait quitter Sète pour Paris à 18 ans. Sa mère, vaste sujet : elle rêvait qu’il devienne médecin, prêtre ou militaire, c’est peu de dire qu’il l'a déçue ! Ses parents, d’ailleurs, ne sont jamais venus le voir chanter sur scène. 

Ce documentaire offre un regard très subtil sur l’image sulfureuse qu’on lui colle trop facilement. Brassens ne cherchait pas à provoquer, mais il n’avait que faire de la morale bourgeoise. "J’ai toujours été très étranger à la réalité", dit-il dans une interview. Voilà de quoi se nourrit son anarchisme. Il écrit dans l'un de ses carnets :

Les militaires obéissent sans chercher à comprendre. Moi je désobéis sans chercher à comprendre.

Un poète à l'oeuvre

On découvre aussi comment il travaillait, comment il fabriquait ses chansons. La plongée dans l’intimité de la création est passionnante

Très jeune, il était convaincu d’être un poète de génie : il le reconnait facilement, des années plus tard. Il a fallu que son prof de français du collège, sur lequel il est tombé par hasard à Paris, lui dise que ses poèmes étaient très mauvais pour qu’il se remette en question. Et qu’il se jette à corps perdu dans la lecture, dans les dictionnaires et la poésie, lui qui avait quitté l’école assez jeune

Il fallut ensuite, bien plus tard, une audition dans le cabaret de Patachou pour que la carrière de Brassens explose, dans les années 1950. Vint ensuite la grande notoriété, à laquelle il ne s’habitua jamais. Pas évident, pour cet escargot dans sa coquille, de composer avec l’amour du public

Amour toujours

L’amitié est l’une des pierres angulaires de sa vie, sa fidélité en amitié force l’admiration. Sa relation avec les femmes est aussi au cœur du documentaire. Jeanne, sa bienfaitrice, la femme qui l’a hébergé pendant les années sans le sou. Et Joha Heiman, celle qu’il surnommait Puppchen, « petite poupée ». La non-demande en mariage, aussi, colle à merveille à sa relation avec Puppchen. Georges et Joha n’ont pas vécu ensemble. Ils ont bâti une vie de couple sur rendez-vous, chacun chez soi. 

Voilà… Nous sommes nombreux à avoir l’impression, depuis longtemps déjà, que Brassens fait partie de la famille. Ce film ouvre une fenêtre inédite, très touchante, sur sa vie et sur son oeuvre

« Brassens par Brassens », un documentaire de Philippe Kohly à voir ce vendredi 17 avril à 21h sur France 3

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