Ce film de Luc Besson, sorti en 2011, est un long clip en l'honneur de l'ancienne dissidente birmane, aujourd'hui à la tête du pays. Il est glaçant de le revoir en pensant au drame de Rohingyas, minorité musulmane persécutée en Birmanie.

Je vous recommande aujourd'hui un film que je trouve mauvais. Laissez-moi vous expliquer. The Lady, diffusé ce lundi 17 décembre sur Chérie 25, raconte le combat d'une femme contre la dictature dans son pays. Cette femme s'appelle Aung San Suu Kyi, elle dirige désormais la Birmanie et c'est peu de dire que la statue s'est écroulée. Elle était une icône de la démocratie, prix Nobel de la paix, on lui reproche aujourd'hui son silence coupable face au massacre des Rohingya, minorité musulmane qui fuit en masse la Birmanie. La semaine dernière, la mairie de Paris a retiré à Aung San Suu Kyi son titre de citoyenne d'honneur. La liste des villes qui décrochent son portrait ou lui retirent une médaille s'allonge. Des voix s'élèvent aussi pour lui retirer son prix Nobel, obtenu en 1991, mais le comité Nobel a rappelé l'été dernier que cela n'était pas prévu dans ses statuts.

Biopic dégoulinant

Il est fascinant voire glaçant de regarder aujourd'hui ce long film (il dure plus de deux heures et quart) qui nous montre, à grands renforts de ralentis et de musique dégoulinante à quel point cette femme est courageuse, remarquable, exemplaire, exceptionnelle. Ce biopic brosse le portrait d’une sainte en collier de fleurs, et tout sonne faux. A commencer par les dialogues entre Aung San Suu Kyi et son mari, un universitaire britannique, dont elle a été longtemps séparée parce qu'elle était assignée à résidence dans sa maison de Rangoon.

Loin de moi l'idée de remettre en cause la véracité des faits racontés dans ce film : le combat d'Aung San Suu Kyi aux côtés de la ligue nationale pour la démocratie, et les intimidations toujours plus violentes dont elle a été victime. Sa vie de famille piétinée par cette longue assignation à résidence de 15 ans. Mais ce qui frappe, c'est que tout est tellement simpliste, dans The Lady. C'est un très long clip, sans recul ni analyse politique. Une hagiographie. Aucune réflexion sur les racines de son engagement politique, par exemple. Et on voit cette dissidente tenir tête aux militaires birmans, en songeant qu'aujourd'hui, ils sont devenus ses alliés et les responsables de ce que l'ONU qualifie de « génocide ».

Dévotion planétaire

Luc Besson a commis, avec ce film, l'un des ingrédients de la dévotion planétaire que cette femme a inspiré. Aussi est-il précieux de le revoir aujourd'hui. Lors d'une interview à la BBC en 2012, Aung San Suu Kiy avait déclaré : « Je suis une femme politique. Je ne suis pas Margaret Thatcher, mais je ne suis pas non plus Mère Teresa. » Ce film raté, qu'on regarde en pensant au drame de Rohingya, vient nous rappeler une vérité implacable : il est toujours très dangereux de canoniser quelqu'un de son vivant

The Lady, de Luc Besson, ce soir à 20h55 sur Chérie 25.

  • Légende du visuel principal: Michelle Yeoh incarne la "Dame de Rangoon" dans ce film de Luc Besson sorti en 2011. © M. Bragard
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