Maria Fux est une vieille dame solaire. A Buenos Aires, elle donne des cours de danse à des personnes atteintes de handicap moteur ou cérébraux. Poussez la porte de son studio grâce à un documentaire, à voir gratuitement sur Tënk, en partenariat avec France Inter.

Je vous emmène à un cours de danse. Que vous aimiez danser ou non, que vous sachiez danser ou non, venez, je vous assure, ça mérite le détour : entrons dans le studio de Maria Fux. Nous sommes à Buenos Aires, en Argentine. "Dancing with Maria" est un documentaire à voir gratuitement sur la plateforme Tënk, grâce à un partenariat avec France Inter. 

Manger de la musique

Sa manière de dire bonjour est un peu surprenante, la suite est à l’avenant. Rien, ici, ne ressemble à un cours de danse habituel. Maria, debout au milieu de ses élèves, raconte des histoires. Elle dit, par exemple, que ce matin elle va manger la musique, qu’elle va s’en nourrir. Ou alors elle se transforme en goutte de pluie. Elle fait des mouvements avec ses bras, elle se déploie, se laisse porter, et tout le monde se met à en faire autant. Il n’y a aucune chorégraphie, on ne répète aucun mouvement précis, on se laisse embarquer par la musique, souvent les yeux fermés. 

Ce qui est exceptionnel, c’est que Maria Fux avait 93 ans au moment où ce documentaire a été tourné (elle en a 98 aujourd’hui) et elle danse avec une gourmandise qui crève l’écran. Évidemment, son corps a changé depuis ses jeunes années de danseuse professionnelle - on la voit, dans des images d’archives au fil du documentaire - mais son désir de danse est intact. Et j’ai été stupéfaite par son sourire. S’il fallait vous donner une seule raison de regarder ce film, ce serait celle-là : le sourire de cette femme quand elle danse est magique. 

Les élèves de Maria, pour la plupart, sont des personnes handicapées. Handicaps moteurs ou cérébraux. Maria Fux est une pionnière de ce qu’on appelle la danse-thérapie. On apprend, dans ce portrait, que sa mère souffrait d’une maladie au genou, elle a boité toute sa vie, et Maria dit ceci : 

Je suis la jambe de ma mère qui danse. 

Il faut voir les mines enchantées de ses élèves autour d’elle. Il faut les voir danser, surtout. Il n’y a pas de miracle, les handicaps ne s’envolent pas. Mais celles et ceux qui témoignent disent ne plus pouvoir se passer de ces séances de danse. 

Écouter son rythme intérieur

Sa thérapie par la danse est née parce que Maria s’intéressait aux limites du corps. Elle se sert de son expérience de danseuse et de chorégraphe pour élargir leur champ des possibles. Elle leur répète d’écouter leur rythme intérieur, et de se laisser approcher par le rythme de la musique. Tout est affaire de rythme. 

Au cours d’une séance avec des jeunes gens atteints de trisomie 21, elle propose de prendre la musique dans ses mains et de faire des dessins avec. Dessinez la musique. Tous et toutes s’exécutent. Leurs bras dessinent, ils ferment les yeux et c’est très beau à regarder, tout simplement. La présence de cette Maria, sa manière d’être là, sont un cadeau. Un cadeau qui transmet la confiance. 

« Dancing with Maria », documentaire d’Ivan Gergolet à voir gratuitement sur Tënk jusqu'au 24/12/2020, en cliquant ici.

  • Légende du visuel principal: Maria Fux, danseuse et chorégraphe argentine, est une pionnière de la danse-thérapie. © Ivan Gergolet - Exit media - Slingshot Films
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