L'émission culte d'Arte consacre deux numéros spéciaux au philosophe Timothy Morton, penseur écolo radical. Cela offre l'occasion à Tracks de nous conduire dans les recoins les plus étranges de l'art anthropocène : des artistes qui interrogent le lien entre les humains et la nature.

Une danseuse et des milliers de vers de farine... Installation créée par l'artiste danoise Tina Tarpgaard.
Une danseuse et des milliers de vers de farine... Installation créée par l'artiste danoise Tina Tarpgaard. © Mass recoil performance, Soren Meisner.

Ne ratez pas "Tracks" cette semaine. Cette émission culte, qui existe depuis plus de vingt ans sur Arte et a beaucoup changé d'horaire, est désormais diffusée tard le vendredi soir (23h30). L'épisode du 16 janvier est déjà disponible sur le site d'Arte. "Tracks" est un OVNI télévisé, qui s'intéresse à la création sous toutes ses formes, y compris quand elle dépasse les bornes. C'est le royaume de la contre-culture. Pour le dire simplement, vous n'y verrez jamais tous les artistes qu'on voit partout. Mais tout ce qui est alternatif y est célébré en majesté. C'est là que j'ai découvert, par exemple, un chaman de Sibérie qui inspire des groupes de rock locaux. Ou un artiste mexicain qui fabrique des exosquelettes pour des plantes. Mais aussi des fétichistes, des satanistes, des gens qui dansent sur des skate-board... C'est surprenant, souvent. Bizarre, parfois. Captivant, presque tout le temps. Une émission - détail important - sans animateur ni animatrice, mais avec un voix off au timbre reconnaissable entre mille : celle de Chrystelle André.

Timothy Morton, une pensée écolo décoiffante

Si je vous parle de Tracks cette semaine, c'est en raison de deux émissions spéciales qui méritent le coup d'œil : un "very green trip" en deux volets. Un voyage tout vert, donc. Avec pour personnage principal le philosophe Timothy Morton. Cet Anglais qui vit aux États-Unis défend une pensée écologique radicale. Timothy Morton inspire énormément d'artistes, à commencer par la chanteuse Björk. Ce qu'il explique ici, entre autres, c'est que la question n'est pas de savoir si on doit se sentir coupable du réchauffement climatique. Dès lors que nous savons qu'il existe, nous sommes responsables. Finalement, pour lui, on s'en fiche de savoir si c'est de la faute des humains ! Et il ajoute dans un sourire : peut-être faut-il blâmer les dauphins...

Mais comme nous pouvons comprendre le réchauffement, et parce les dauphins ne peuvent pas fermer les pipelines et attraper les câbles avec leurs nageoires, alors nous, les humains, sommes responsables ! La culpabilité, c'est autre chose. Le message que je voudrais faire passer, c'est ça : vous n'êtes pas coupables. 

Le générique de Flipper le Dauphin vient furtivement interrompre l'interview. Car c'est l'une des marques de fabrique de cette émission : elle est truffée d'extraits de films, d'images d'archives, de références à la pop-culture, et cela donne des collages réjouissants. 

Filmer les marges pour ouvrir la perspective

En écho à la pensée de Timothy Morton, l'émission nous fait découvrir l'art anthropocène : des artistes qui interrogent notre relation à la nature. Un exemple : pour mettre en scène l'extinction annoncée de l'espèce humaine, la chorégraphe danoise Tina Tarpgaard a créé une installation où une danseuse partage un espace exigu avec des milliers de vers de farine. Ces vers, qui mangent le polystyrène, ont de meilleures chances de survie que les humains face à la catastrophe écologique ! Une femme qui danse au milieu de milliers de petits vers, miam ! Blague à part, les images sont assez dingues. Mais il ne s'agit pas seulement de verser dans le spectaculaire : Tracks donne ensuite la parole à l'artiste, pour comprendre sa démarche. Cela offre une réflexion très riche sur la différence entre nature et culture. L'air de rien, cette émission est un îlot de résistance précieux : elle fait la part belle à l'art contemporain. Où ailleurs voit-on cela? Et même quand on rit, cela n'est jamais au détriment de la pensée. Ce que Tracks prouve chaque semaine, c'est qu'en filmant les marges, on ouvre les perspectives.

Deux émissions autour du philosophe écolo Timothy Morton. La première, vendredi 16/01 à 23h30 sur Arte. Ou quand on le souhaite sur le site d'Arte et sur la chaîne Youtube de Tracks.

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