Les footballeuses de l'équipe de France affrontent, ce lundi, le Nigeria. Pour leur troisième match de poule de la coupe du monde, les tribunes seront sans doute pleines. Mais au fait, pourquoi une place vide fait-elle un tel effet, quand on regarde du sport à la télé ?

Aucune hésitation : ce lundi soir, ça se passe sur TF1 et Canal Plus. La Coupe du monde féminine de football : France-Nigeria. Les Françaises sont déjà qualifiées pour les huitièmes de finales, c’est donc une rencontre à savourer sans trop de pression. En tout cas pour nous, devant la télé ! Pour les joueuses, ce n’est pas la même limonade. La sélectionneuse, Corine Diacre, veut une troisième victoire. 

Des stades pleins pour les Bleues

L’équipe de France va surtout avoir une nouvelle occasion de constater le magnifique engouement qu’elle suscite. Les audiences sont largement au-dessus de ce qu’avait prévu TF1 (plus de dix millions de téléspectateurs pour les deux premiers matchs) et les stades sont pleins. Enfin ils sont pleins ... quand les Bleues sont sur le terrain. Ce sera le cas, à priori, ce soir, à Rennes. Mais on a vu, depuis le début de ce mondial, pas mal de rencontres se jouer devant des tribunes clairsemées. Et cela crée un effet étrange. Quelle que soit la qualité du match, le spectacle est un peu gâché. Pour Bixente Lizarazu, qui va commenter la rencontre sur TF1 avec Grégoire Margotton et Camille Abily, les images des tribunes sont en effet primordiales dans la réalisation d’un match de foot. 

La façon de réaliser un match de foot change beaucoup de choses sur la façon de le percevoir. Le sport est de plus en plus magnifié par les plans serrés, par les ralentis. On voit tout dans le détail : la respiration, le contact, la sueur... Que le football féminin soir organisé dans des grands stades, avec la même réalisation que pour les garçons, ça met le spectacle en valeur. 

Lizarazu se souvient d’ailleurs du match de l’équipe de France masculine face à Andorre, la semaine dernière. Rencontre éliminatoire pour l’Euro. Certes, les Bleus ont gagné 4-0, mais les gradins dégarnis donnaient l’impression de regarder un match amateur. Les places vides dans les tribunes pèsent très lourd sur le spectacle.

Effet miroir

D’ailleurs, c’est valable pour d’autres sports aussi. Le coup de gueule de Lucas Pouille contre ceux qui préfèrent boire du champagne dans les salons VIP de Roland Garros plutôt que d’assister aux matchs était sans doute largement partagé par les téléspectateurs. La différence, c’est qu’à Roland Garros, tous les tickets étaient vendus. Pour le mondial féminin de foot, il en reste encore des places à vendre.

Cette importance du public est intéressante à analyser. Voyez ce qu’en dit une historienne du foot. Marion Fontaine est chercheuse à l’université d’Avignon, spécialiste des supporters. 

Il y a un effet miroir. Quand on regarde un match de foot à la télévision, on se regarde aussi à travers les spectateurs. Le foot fonctionne comme un miroir identitaire, par le biais de l'équipe mais aussi par le biais des tribunes. Les spectateurs sont une quintessence de l'ensemble de ceux qui regardent le match. Les tribunes sont un lieu majeur de mise en scène de soi et du nous. 

Ce n’est pas un hasard, ajoute cette historienne, si les formes les plus ostentatoires de supporteurisme sont apparues il y a trente ans, à partir du moment où on a commencé à filmer les tribunes. La communion collective a besoin d’être mise en scène, d’être représentée à l’image, en temps réel. Pensez-y ce soir : devant ma télé, je me regarde en train de regarder un match. Même si je vois beaucoup mieux le match que ceux qui sont au stade, grâce aux ralentis et aux gros plans. C’est toute l’ironie de cet effet miroir. 

  • Légende du visuel principal: Le match Etats-Thaïlande durant le Coupe du monde de football 2019 © AFP / HEIKO BECKER / HMB MEDIA/ HEIKO BECKER / DPA PICTURE-ALLIANCE
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