A voir sur TFX, une émission de télé-réalité dans laquelle trois tatoueurs viennent en aide à des anonymes qui ne supportent plus leur tatouage. Cela pose la question du message qu'on s'adresse à soi-même en gravant un message ou un dessin sur sa peau...

Tattoo Cover, ce soir à 21h sur TFX, est l'adaptation en France d'un format britannique. Trois tatoueurs de choc viennent en aide à ceux qui ne supportent plus leur tatouage. Ce sont des professionnels présentés comme mondialement connus. Précisons que l'une des trois ressemble fichtrement à Amy Winehouse (et je crois pouvoir dire que la ressemblance est assumée puisque son pseudo est Amy Mymouse ! ) En tout cas, ces trois-là sont très forts pour transformer un dessin tout moche et tout raté en une magnifique œuvre d'art. L'idée n'est pas d'effacer le tatouage (pour ça il y a les dermatologues) mais d'en faire un autre par dessus.

Un casque de pompier qu'on n'assume plus...

Pourquoi les gens font-ils appel à ces sauveurs de tatouage? C'est souvent une histoire de honte. Il y a ce type qui rêvait de devenir pompier quand il était gosse, s'est fait tatouer un casque de pompier sur la poitrine, à 17 ans... mais ne l'assume plus du tout aujourd'hui parce qu'il est devenu pompier et que les collègues se moquent de lui au vestiaire ! Une ancienne gothique avec une énorme araignée tatouée dans le cou, qui va se transformer en une fleur rouge. Il y a aussi, bien sûr, des histoires de rupture amoureuse, des tatouages qui rappellent trop de souvenirs. 

C'est une émission de télé-réalité dont la vertu première est le divertissement. Mais elle donne aussi à réfléchir sur notre rapport au temps qui passe. Je n'ai pas de tatouage personnellement (je suis beaucoup trop douillette pour ça) mais je n'ai rien contre les tatouages, j'en trouve certains magnifiques... et comme tout le monde, je me suis souvent demandé si ceux qui se font tatouer n'ont pas peur de le regretter, un jour? 

Le grand malentendu du tatouage

Et puis je suis tombée sur un texte signé Blandine Rinkel, dans un livre formidable : La nuit est encore jeune (du collectif Catastrophe). Cette romancière a fait tatouer un cygne sur son avant-bras. Quand on lui demande "et si dans dix ans tu n'aimais plus cet oiseau?" elle répond : Précisément. Si je ne l'aime plus, j'aurai le souvenir de l'avoir un jour aimé. J'aurai une trace de cela. 

Sans doute le tatouage est-il moins une façon de rester campé sur des signes que de les fixer avant qu'ils ne s'évaporent. C'est le grand malentendu du tatouage, écrit encore Blandine Rinkel : on ne grave pas le corps pour nier que tout s'altère, mais précisément parce que tout meurt. Au delà de l'accès d'insouciance, on peut voir le tatouage dans un élan tragique : dessiner sa peau parce qu'elle se ridera, parce qu'elle changera, parce que nous oublierons les visages, les humours et les voix. (...) Si nous finissons un jour d'être jeunes, au moins en restera-t-il quelques traces.

Vu sous cet angle, cette émission, Tattoo Cover, est vertigineuse : elle nous montre des gens qui veulent effacer le message qu'ils se sont laissé à eux-mêmes quand ils étaient plus jeunes. C'est un rendez-vous manqué entre le passé et le présent !

"Tattoo cover, sauveurs de tatouages". Jeudi soir à 21h sur TFX. 

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