"Le meilleur pâtissier" reprend ce soir sur M6. Émission délicieuse, mais si on arrêtait un peu de "revisiter" les classiques ?

Tarte au citron meringuée
Tarte au citron meringuée © Getty / John Heseltine

Avez-vous déjà visité le palais idéal du Facteur Cheval, à Hauterives, dans la Drôme ? Connaissez-vous les jardins du musée Christian Dior, à Granville, dans la Manche ? Deux des plus beaux endroits de France, à mon humble avis. Des endroits tellement marquants qu'on y retourne, pour s'émerveiller à nouveau. Des endroits qu'on peut donc aisément « revisiter ». Voilà le seul emploi tolérable de ce verbe !

Le classique revisité est une épreuve chère à Cyril Lignac dans "le meilleur pâtissier", qui reprend ce soir sur M6. Des pâtissiers amateurs vont rivaliser de patience et de créativité pour épater le jury. Le spectacle est délicieux ! Mais foutez la paix à la tarte au citron meringuée ! Laissez le baba au rhum tranquille. Un peu de pitié pour la charlotte aux fraises et la forêt noire ! Pourquoi vouloir « revisiter » ces classiques de la pâtisserie ?

Pimp my clafoutis

Laissez-mois vous expliquer les deux raisons de mon agacement. La première est d'ordre sémantique. C'est moche, comme mot. Et puis c'est incorrect. On ne visite pas une recette, donc pourquoi la revisiter ? On réinterprète, si vous voulez. On réinvente. Ou alors tenez, je vous suggère un très joli verbe : « pimper ». « Rendre une chose, a priori insignifiante, digne d'intérêt, attrayante ». J'ai trouvé cette définition dans un livre passionnant et très drôle : Les mots du bitume (éditions Le Robert). Ouvrage signé Aurore Vincenti, que les auditeurs de France Inter connaissent bien (préface d'Alain Rey). On se souvient de l'émission "Pimp my ride" sur MTV, qui consistait à retaper de vieille bagnoles. Eh bien on pourrait "pimper" un clafoutis, ça aurait de la gueule.

Deuxième raison de mon courroux : je suis réac, en pâtisserie.

J'aime la tarte aux pommes quand la pâte est en dessous et les pommes au dessus. J'aime le Paris Brest quand il ressemble à une roue de vélo. Pourquoi vouloir à tout prix faire du neuf ?

Vous imaginez bien que je ne me sens pas très légitime, pour pousser ce coup de gueule. J'ai donc téléphoné à mon camarade gastronome, François-Régis Gaudry. Bingo ! Lui aussi en a ras le bol de cette mode qui consiste à "déstructurer" les desserts. Il dit que c'est souvent une solution de facilité. Parce que les classiques, c'est compliqué. Revisiter consiste souvent à simplifier. Il est plus facile de proposer une tarte au citron qui s'est suicidée du 7ème étage, avec des miettes de biscuits et des miettes de meringue, que de réussir une belle et bonne tarte au citron traditionnelle.

François-Régis est formel : il faut être un très grand pâtissier pour s'autoriser à réinterpréter une recette traditionnelle. Et de citer le Paris Brest de Philippe Conticini, réinvention devenue une référence : une couronne de pâte à chou, de la crème pralinée et - l'audace est là - un cœur coulant de praliné. C'est comme un volcan de praliné au cœur du gâteau. Désolée pour tous ceux qui nous écoutent en mangeant de vulgaires biscottes ou de sinistres corn-flakes !

Le meilleur pâtissier, c'est ce soir à 21h sur M6. Emission présentée par Julia Vignali, avec Cyril Lignac et Mercotte dans le jury.

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