Pendant le procès Merah, seule une caméra avait droit, en longueur, aux réactions de l'avocat de la défense : ces images seront diffusées ce soir dans un documentaire sur Numéro 23 et BFM TV. Un film inégal, mais qui montre les coulisses d'un métier fascinant et qui interroge sur la médiatisation des grands procès.

Le personnage est aussi fascinant que charismatique. Eric Dupond-Moretti mérite que lui soit consacré un jour un grand documentaire. Disons-le, ce n'est pas encore le cas : il y a quelques longueurs dans ce film qui fait le récit du procès Merah (durée totale 1h35) et les images ne sont pas exceptionnelles. Mais ce film à voir ce soir sur Numéro 23 (et dont des extraits seront diffusés sur BFMTV toute la journée) est un document très intéressant, qui mérite le détour. Pour deux raisons.

Les coulisses, d'abord. Dupond-Moretti ne parlait pas aux médias, ou presque pas, pendant le procès d'Abdelkader Merah. Mais les journalistes le voyaient parler sans arrêt à une caméra, toujours la même. Ce sont ces images qu’on pourra voir dans ce film. Dupond-Moretti a accepté d'être suivi pendant toute la préparation et pendant le procès par Justine Lafont et David Calvet. On le voit cent fois sur le métier remettre sa plaidoirie, répéter, préparer, avec ses associés. On mesure la dimension collective de ce travail de défense. 

On le voit aussi réagir à la sortie de l'audience, tempêter contre les policiers qui témoignent de façon anonyme et qui d'après lui lisent un texte. Or c'est interdit, mais impossible de le vérifier : ils sont cachés derrière un store pour préserver leur anonymat. Certains de ces policiers ont témoigné à visage découvert dans les médias, ce qui a le don d'exaspérer Dupond-Moretti.

Et c'est le deuxième intérêt de ce film : donner à réfléchir sur la médiatisation des grands procès. On se souvient du grand moment de tension lorsque Dupont-Moretti a été invité dans le 7-9 de France Inter au lendemain du verdict dans cette affaire. Le ténor du barreau n'a pas peur des médias, loin de là, mais sur ce procès, il a ressenti une pression très forte de l'opinion publique. C'était le dossier le plus compliqué de sa carrière, à cet égard. Ce n'est sans doute pas sans lien : il passe son temps à s'en prendre aux journalistes, leur reprochant de ne pas assister à tout le procès, de méconnaitre le dossier (on notera d'ailleurs que c'est aux chaines d'info qu'il fait ce reproche, et que ce film est une exclusivité BFMTV). La tension monte tout au long du documentaire, jusqu'au verdict. Abdelkader Merah est condamné à 20 ans de prison pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste.

Pour éviter d'aller uniquement dans le sens de la défense de Merah, le film donne aussi la parole à des journalistes qui suivent ce procès, ce qui permet d'en suivre le déroulé de manière très claire. On a évidemment l'impression de rester hors champ. On aimerait voir plaider Eric Dupont-Moretti. La question de la place des caméras dans la salle d'audience pour les procès de cette envergure n'a pas fini de se poser

Il parait qu'à chaque plaidoirie d'Eric Dupond-Moretti, la file d'attente est longue pour y assister : le ténor du barreau a incontestablement des fans, que ce film devrait ravir. Comme le dit très simplement l'un de ses associés, Antoine Vey "c'est un drôle de métier". 

"Défense interdite" : ce soir à 20h55 sur Numéro 23 (chaine gratuite de la TNT). Et des extraits de ce documentaire seront diffusés toute la journée sur BFMTV.

Légende du visuel principal:
Pendant le procès Merah, seule une caméra avait droit, en longueur, aux réactions de l'avocat de la défense, Eric Dupond-Moretti... © Miroir magique
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