Dans un petit village du Périgord, le boucher (Jean Yanne) et l'institutrice (Stéphane Audran) se lient d'une amitié qui pourrait devenir de l'amour. Mais Hélène soupçonne soudain Paul d'être un meurtrier. Un film glaçant et virtuose, diffusé sur Arte dans le cadre d'un cycle Claude Chabrol.

Ce sont des images qui marquent, des images indélébiles, comme la goutte de sang qui tombe sur une tartine au beurre. « Le boucher », de Claude Chabrol, est diffusé ce lundi soir sur Arte. La chaîne propose un cycle Chabrol, avec la diffusion de trois de ses films et d’un documentaire inédit : « Chabrol l’anticonformiste », réalisé par sa fille Cécile Maistre-Chabrol (disponible en replay).

Jean Yanne et Stéphane Audran

Chabrol a réalisé 58 films en 50 ans. Une œuvre prolifique et inégale, disons-le, mais « le boucher », tourné en 1969, est sans conteste un film sublime. D’abord il y a Stéphane Audran, géniale dans le rôle de l’institutrice d’un petit village du Périgord dans les années 60. « Mademoiselle Hélène » est une femme libre et elle éblouit Paul, alias Popaul, incarné par l’immense Jean Yanne. Un homme qui a passé quinze ans à l’armée, et puis est revenu au village à la mort de son père, pour reprendre la boucherie familiale. Le boucher en pince pour l’institutrice. Le film démarre par un mariage dans le village, où ces deux-là sont invités. Scène de fête chabrolienne par excellence. 

Paul parle beaucoup de la guerre. Beaucoup trop. L'homme est obsédé par les cadavres qu’il a vus, en Indochine et en Algérie. Alors pendant que Paul et Hélène flirtent gentiment, platoniquement, qu’il lui offre un gigot comme d’autres offriraient un bouquet de rose... on commence à ressentir un malaise grandissant. Des meurtres sont commis dans la région, des femmes sont assassinées. Le boucher aurait-il quelque chose à se reprocher ? Chabrol excelle quand il s’agit d’injecter de la terreur dans une scène apparemment banale. Par la magie de la bande son, une simple promenade en forêt, pour ramasser des champignons, devient glaçante.

Inquiétude sourde

L’ambiguïté de la relation entre cet homme et cette femme, l’inquiétude sourde qui imprègne le village et nous ferait presque sursauter à chaque fois que résonne la cloche de l’église : c’est l’atmosphère de ce film qui est éblouissante, en plus de l’interprétation de Stéphane Audran et Jean Yanne.

On a souvent présenté Claude Chabrol comme le cinéaste de la province. Mais ce sont tous les autres qui étaient – qui sont – beaucoup trop parisiens ! Chabrol avait compris le poids du décor : pour ce film, il lui fallait une grotte préhistorique à proximité, car il est question d'instincts et de pulsions. Il a donc installé ses caméras à Trémolat, en Dordogne. C’est en visitant une grotte avec ses élèves que Mademoiselle Hélène trouve le corps d’une femme sauvagement assassinée. D’où la goutte de sang sur la tartine d’une élève. L’enseignante venait de parler de l’homme de Cro-Magnon aux enfants. Comment s’appellent les désirs lorsqu’ils s’éloignent de la sauvagerie ? demande l’enseignante. Ce sont des aspirations. 

"Le boucher" est un film sur les ravages de la guerre et les pulsions de violence. Un film sur les apparences et sur ce qu’elles dissimulent, aussi. Le surnom de Claude Chabrol, c'était "Chacha". Voilà qui permet une jolie allitération : "le boucher" de Chacha, un chef d’œuvre. 

« Le Boucher » de Claude Chabrol, lundi 18/02 sur Arte à 20h55. Et le documentaire « Chabrol l’anticonformiste » est disponible en replay pendant deux mois sur le site d’Arte. 

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Le boucher en pince pour l'institutrice, qui ne semble pas insensible à ces avances... Jean Yanne et Stéphane Audran. © Panoceanic Films
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