Cette excellente série en quatre épisodes, à voir sur Salto, tient en haleine avec le récit de l'enquête policière autour de la disparition d'un bébé : on soupçonne tout le monde, y compris les parents. Portée par la comédienne Jenna Coleman, cette fiction propose au passage une réflexion puissante sur la maternité.

Jenna Coleman et Ewen Leslie incarnent les parents du bébé disparu.
Jenna Coleman et Ewen Leslie incarnent les parents du bébé disparu. © Synchronicity Films Ltd / Salto

Cette mini-série compte quatre épisodes de moins d’une heure. Autant vous prévenir, vous risquez fort de tout dévorer d’un coup, tant cette intrigue est haletante."The Cry" est à voir sur Salto, la plateforme lancée il y a quelques mois par France Télévision, TF1 et M6. L’abonnement à Salto est payant mais le premier mois est offert… et cette série britannico-australienne mérite vraiment de se créer un compte. C'est l'adaptation d’un roman anglais d’Helen Fitzgerald. 

Le poids des regards

Le point de départ est tragique : la disparition d’un bébé. Joanna et Alistair ont un enfant de quatre mois. Ils partent en voyage en Australie car Alistair veut demander la garde de sa fille adolescente, qu’il a eue d’un premier mariage. Or l’ex-femme et la fille vivent dans une petite ville d’Australie. Pendant ce voyage, de façon mystérieuse, le bébé disparait à l’arrière de la voiture. Volatilisé. Les parents sont anéantis. Et la série est construite sur plusieurs temporalités : le moment du drame et l’enquête de police, les semaines qui ont précédé le voyage, et le procès, des mois plus tard. Avec, en toile de fond, un immense intérêt de la presse et du grand public pour cette affaire.

De toutes les choses qui peuvent arriver à quelqu'un, peut-il y en avoir de pire que celle-ci? Il n'y en a aucune. Et tout le monde veut pouvoir vous regarder, vous juger, vous dévisager. Ils cherchent des indices. C'est là que ça a commencé : deux visages, deux Joanna. 

La qualité de cette série repose largement sur le talent de Jenna Coleman, que les amateurs de la série « Doctor Who » connaissent déjà. La comédienne britannique est impressionnante dans le rôle de cette femme anéantie par le chagrin, mais qu’on ne peut pas s’empêcher, aussi, de soupçonner. Elle semble froide et détachée. Serait-elle plutôt sidérée ? Et Alistair, son mari, cet homme charismatique, qui a l’habitude de maitriser toutes les situations, peut-on lui faire confiance ? Il faut dire que sa manie de demander à sa femme de pleurer devant les caméras est troublante. Il travaille dans la communication politique, il sait faire des médias une arme. Et l’ex-femme d’Alistair, doit-on aussi se poser des questions sur elle ? Après tout, elle a des raisons d’en vouloir à Alistair, qui veut la séparer de sa fille. Et la grand-mère, avec ses regards appuyés et mystérieux, que faut-il penser d’elle ?

Thriller psychologique et réflexion sur la maternité

On soupçonne tout le monde. Le scénario de ce thriller psychologique joue avec nos nerfs : c’est du très grand art. Jamais je ne me suis autant noyée dans des visages pour tenter d’y déceler la vérité et le mensonge. Les hypothèses de manipulation se bousculent. Reste à savoir qui manipule qui. 

Mais au-delà de l’enquête, il y a là un questionnement très puissant sur ce qu’est une bonne mère ou une mère « indigne ». Une réflexion sur le poids du regard des autres.Car Joanna, avant le drame, se sentait débordée par le bébé, elle était épuisée. Comment une mère est censée se comporter et s’épanouir. La maternité et les injonctions qui pèsent sur elle : voilà sans doute le cœur du sujet de cette excellente série. 

« The Cry ». Une série en quatre épisodes, à voir sur la plateforme Salto. 

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