En l’absence de festival de Cannes, Arte propose des grands moments de cinéma. La chaîne diffuse ce lundi 18 mai la Palme d’Or 2017 : The Square, de Ruben Ostlund, un tableau grinçant du monde de l’art contemporain à ne pas rater !

Scène remarquable du film "The Square" : une performance d'art contemporain durant un dîner de gala
Scène remarquable du film "The Square" : une performance d'art contemporain durant un dîner de gala © Plattform Produktion / Fredrik Wenzel

Arte nous console de cette année sans festival de Cannes avec du grand cinéma, et notamment ce lundi 18 mai, la Palme d'Or 2017 : un film du Suédois Ruben Ostlund, à qui l'on doit également Snow Therapy. The Square, c'est l'histoire d'un homme qui se fait voler son téléphone portable et qui voit son monde vaciller. Dit comme ça, on n'a pas forcément envie d'y consacrer deux heures et demie. Et pourtant ce film est un régal. C'est une farce surréaliste à l'humour grinçant, qui porte haut le sens de l'absurde. 

Une satire décalée de l'art contemporain

Une séquence, au tout début, donne le ton. On y voit le démontage d'une statue équestre. Un personnage historique sur son cheval est soulevé par une grue, mais soudain la statue s'écroule, se fracasse sur le sol. Elle est ensuite remplacée par une œuvre d'art contemporain pour le moins énigmatique. Un simple carré lumineux sur le sol. Et une plaque dorée sur laquelle on lit ceci : 

Le Carré est un sanctuaire où règnent confiance et altruisme. Dedans, nous sommes tous égaux en droits et en devoirs. 

Voilà pour les bonnes intentions dont l'enfer est pavé. 

Christian, le héros de ce film, est le directeur d'un prestigieux musée d'art contemporain à Stockholm. C'est un homme élégant, beau, convaincu d'être quelqu'un de bien. Mais ce vol de portable va faire de lui un homme moche. Et cette posture d'intellectuel humaniste, soucieux du bien commun va joliment voler en éclat. The Square est une satire de l'art contemporain, que beaucoup jugeront sans doute un peu facile, mais qui est franchement drôle. Elisabeth Moss, connue pour son rôle dans "la servante écarlate" joue une journaliste un peu perchée et très attachante.

La puissance du malaise

Si je vous recommande ce film, c'est surtout pour la scène la plus marquante. Une performance d'art contemporain pendant un dîner de gala. Les invités sont sur leur 31, des hommes et des femmes de la haute société, ils dinent sous les dorures et les boiseries, tout cela est très distingué. Un homme torse nu se met à imiter un singe et court entre les tables. Mais la performance était annoncée, tout va bien, le public est aux anges. Mais ensuite, l'homme-singe se met à aller trop loin.

Il devient agressif, odieux. Il terrorise les convives, qui plongent tous les yeux vers leur assiette pour ne pas attirer son attention. Un malaise terrible s'installe. En tant que spectateur, on le ressent aussi très vivement. La cruauté du cinéaste est évidente. A quel moment est-on passé de l'humour au drame, à quel moment la performance est-elle devenue insoutenable ? Et n'est-ce pas justement quand il va trop loin que l'art devient intéressant ? Est-il censé forcément choquer ? Quel est le prix de la provocation et quel est son intérêt ? Quand une femme prise à partie par le singe se met à appeler à l'aide, personne n'ose bouger un doigt, et puis enfin un homme se lance, et là soudain des dizaines d'autres se jettent sur l'homme-singe pour le  lyncher. Sans aucun dialogue, cette scène magistralement filmée est une métaphore puissante des lâchetés humaines. Le malaise est un terreau puissant.

The Square : à voir ce lundi 18 mai sur Arte, et sur arte.fr

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.