A l'occasion de la journée internationale des droits de l'enfant, France 2 diffuse un documentaire exceptionnel. Immersion dans le bureau d'un juge pour enfants du tribunal de Bobigny.

Voici un homme qui émerveille par la façon dont il parle aux enfants. Edouard Durand est juge des enfants au tribunal de Bobigny. Karine Dusfour, la réalisatrice du documentaire "Bouche cousue", à voir sur France 2 ce mercredi 18 novembre, a pu installer une caméra dans le bureau de ce magistrat, pendant les audiences. Il a fallu pour cela des mois de préparation en amont, afin de se faire accepter. Et le résultat, souvent bouleversant, est aussi très précieux. Car les maltraitances sur mineurs sont un tabou qu’il faut encore largement bousculer. En France, un enfant meurt tous les quatre jours sous les coups de ses parents.

Tous les noms et prénoms ont été modifiés, et on ne voit aucun visage pendant les audiences, si ce n’est celui du juge. La caméra s’attarde sur des mains d’enfants, sur leur dos, sur leurs pieds. A ma grande surprise, les plans sur les pieds en disent long. Il y a des chaussures qui n’atteignent pas le sol, quand l’enfant est assis sur sa chaise : on le devine alors très jeune. Et puis il y a pieds agités des enfants qu’on imagine angoissés, et ceux qui se figent, au gré des émotions.

Maintenir ou non le lien familial ?

Le juge est d’une immense délicatesse avec les mineurs qui défilent dans son bureau. Il met des mots sur leurs émotions. Il répète ce que les enfants lui disent, pour valoriser leurs mots, pour leur montrer qu’il les entend. Il vérifie très souvent que les enfants ont bien compris. Il leur rappelle qu’il est normal d’être ému, ou stressé, ou d’avoir peur. Et il martèle, si souvent, ce qui devrait être l’évidence : 

Personne n’a le droit d’être violent avec toi. Personne. Parce que c’est la loi.

Ce documentaire pose aussi une question très compliquée : faut-il maintenir à tout prix le lien familial, même en cas de mesure de protection, ou au contraire couper ce lien, dans l’intérêt de l’enfant ? Les séquences tournées au tribunal alternent avec des témoignages d’anciennes victimes : des adultes qui racontent l’enfer vécu dans leur enfance. L’animateur Thierry Beccaro, notamment, décrit les coups incessants de son père. Son témoignage est glaçant. On comprend mieux, grâce à lui, grâce à eux, pourquoi un enfant maltraité ne parle pas. On touche du doigt la relation si complexe qui se noue entre la victime et ses parents. L’enfant en danger ne veut pas qu’on le remarque, il veut devenir invisible. Parce qu’il est dans un état de sidération. Parce qu’il veut protéger ses parents. Parce qu’il a peur d’empirer les choses, aussi, et de déclencher encore plus de violence. Si les enfants ne peuvent pas dire, c’est aux adultes d’apprendre à entendre. Profitons-en pour rappeler un numéro, à composer si on a le moindre doute, la moindre crainte pour la sécurité d’un mineur. Le 119 : numéro vert pour l’enfance en danger. 

« Bouche cousue », sur France 2 mercredi 18 novembre à 22h30. La chaîne consacre une soirée spéciale à la lutte contre les violences faites aux enfants avec, en première partie de soirée, « la Maladroite » téléfilm avec Isabelle Carré. 

  • Légende du visuel principal: Edouard Durand, juge au tribunal de Bobigny. © 416 Prod / France TV
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