France 2 donne la parole à des rescapés de Saidnaya, une prison militaire syrienne où règnent la torture et la mort. Des militants des droits de l'homme documentent l'horreur, accumulent des preuves, dans l'espoir qu'il y ait un jour un procès devant la justice internationale.

C’est un reportage très dur, mais indispensable. « Syrie, les rescapés de l'enfer » sera diffusé ce jeudi dans l'émission Envoyé Spécial, sur France 2. Plongée dans l’enfer de Saidnaya, une prison militaire, pas très loin de Damas, où sont incarcérés des opposants politiques au régime de Bachar el-Assad. Beaucoup ont été arrêtés dans des manifestations, au début de la révolution syrienne il y a sept ans. Il est très compliqué de savoir ce qu’il se passe à l’intérieur de cette prison, d’abord parce ceux qui en sortent vivants sont très rares. Virginie Vilar, la journaliste de France 2, en a rencontré certains, réfugiés en Turquie. Ils racontent l’horreur, la faim, la soif, les coups tous les jours et la torture.

Saidnaya n'est pas une prison normale. Il faut que le monde entier le sache. C'est un camp de la mort, où Bachar El Assad extermine tous ceux qui se sont révoltés contre lui. 

Certains témoignages, je dois le dire, sont insoutenables. Je suis ressortie bouleversée de ce reportage, mais aussi impressionnée par le travail colossal que font les militants des droits de l’homme pour documenter l’horreur. Faire la liste précise et glaçante des procédés de tortures utilisés. Recueillir des témoignages, en espérant qu’un jour le régime syrien devra rendre des comptes devant la justice internationale. Ce jour-là, il faudra des preuves. 

Images de synthèse

Il n'existe aucune image de l'intérieur de la prison. Aucun journaliste, aucune organisation internationale n’a jamais mis les pieds à Saidnaya. La seule image dont disposent les ONG, c’est une photo satellite : la prison vue d’en haut. Mais grâce à des architectes et à des spécialistes d’images de synthèse, Amnesty International a pu reconstituer l’intérieur de la prison. C’est le fruit d’un travail d’un an et demi, basé sur les témoignages des rescapés. Ce fut d’autant plus difficile que les détenus de Saidnaya sont plongés dans le noir complet toute la journée. Avec les bribes d’information de chacun, l’ONG a pu créer des images très réalistes. C’est important, dans un reportage télé, d’avoir quelque chose à montrer. Ces images en 3D rendent cette prison ô combien concrète. La bande sonore qui les accompagne - le bruit des portes et des pas dans les couloirs - est également basée sur les souvenirs des rescapés.

Enquêter pour l'histoire

Reste à savoir si le procès de Bachar el-Assad aura lieu un jour. Cette perspective semble bien lointaine aujourd’hui, notamment parce que la Russie met régulièrement son veto, à l’ONU, à toute velléité de saisir la justice internationale. Mais en attendant, une cellule d’enquête travaille, quelque part en Europe. On ne sait pas où ça se passe, pour des raisons de sécurité, mais Envoyé Spécial a pu filmer leurs locaux. Et la grande force de ces enquêteurs est d’avoir infiltré le régime syrien : ils récupèrent ainsi des documents officiels, qui émanent de l’armée ou des services de renseignement. Ils accumulent des preuves, patiemment, dans l’espoir qu’il y ait un jour un procès. Ces gens-là font un travail pour l’histoire qui force le respect.  

« Syrie, les rescapés de l’enfer » : reportage signé Virginie Vilar, jeudi 18 octobre sur France 2, dans l’émission Envoyé Spécial présentée par Elise Lucet à 21h (et ensuite en replay).

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Imad, aujourd'hui réfugié en Turquie, a passé deux ans et demie dans la prison syrienne de Saidnaya. Il décrit des sévices inimaginables. © France 2
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