Pas de risque de se faire gronder, comme dans le métro, parce qu'on regarde fixement un(e) inconnu(e) : les jeux télés sont le contexte idéal pour jouer à imaginer la vie des gens.

Des Chiffres et des lettres en 1992
Des Chiffres et des lettres en 1992 © Getty / William STEVENS

Vous vous souvenez, à l’école, de ce élève qui faisait sa rentrée une semaine après tout le monde ? Il y avait de quoi être pétrifié de stress. Il ou elle démarrait l’année en décalé, à cause d’un déménagement, par exemple. Eh bien c’est ce qui arrive à Claire Chazal. Son émission, Entrée Libre, reprend ce soir sur France 5 à 20h20. C’est aussi le grand retour d’Engrenage, sur Canal Plus ! Sixième saison de la meilleure série française. Mais je crois qu’il est temps de vous révéler mon péché mignon télévisuel. Non, je ne suis pas accro à « l’amour est dans le pré » (pour les amateurs, c'est à 21h sur M6). Mon truc, ce sont les jeux télé.

Mon préféré ? Quatre consonnes, et pas de voyelles : DCDL

Des chiffres et des lettres. En replay, sur le site de France Télévision, ou sur France 3 à 16h10. Mais ce n'est pas du tout pour le jeu que je regarde ce jeu. Non, c'est pour inventer la vie des candidats. Je les regarde attentivement, et j'essaie de leur tricoter une biographie. Évidemment, je coupe le son ! Ce candidat, je le verrais bien prof de judo. Il a deux enfants, il collectionnait les tickets de bus usagés quand il était petit.

Si je vous parle de cette manie bizarre, c'est parce que je me sens moins seule, depuis que j'ai lu ce livre formidable, en lice pour le Prix Goncourt : Nos vies, de Marie-Hélène Lafon. La narratrice joue à ce même jeu, à la caisse d'un supermarché, et c'est le point de départ du roman. "Pendant quarante ans, explique-t-elle, dans le métro, j'ai happé des visages, des silhouettes de femmes ou d'hommes que je ne reverrais pas, et j'ai brodé, j'ai caracolé en dedans, à fond, mine de rien, (...) pendant quarante ans je me suis enfoncée dans le labyrinthe des vies flairées, humées, nouées, esquissées, comme d'autres eussent crayonné, penchés sur un carnet à spirale." Les vies qu'elle invente vont se mêler à sa vie à elle, qu'on découvre peu à peu. C'est un roman sur les solitudes qui se côtoient dans l'anonymat des villes. D'une justesse précieuse.

Nos vies, de Marie-Hélène Lafon (Buchet Chastel)

L'équipe
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.