En France, 2,5 millions de personnes sont en situation d’illettrisme : elles sont allées à l'école, mais ne savent pas (ou mal) lire et écrire. À voir sur France 3, une fiction télé qui évoque l'isolement, le mépris de soi et la colère que ce handicap invisible engendre.

Il faudrait, pour certains téléfilms, réussir à dépoussiérer le mot téléfilm. Lui arracher sa connotation un peu vieillotte, un peu soporifique. Disons que c’est une fiction télé, plutôt ! Une fiction télé réalisée par Jean-Pierre Améris (qui d’ailleurs signe aussi des films de cinéma), diffusée mardi 18 septembre sur France 3 à l'occasion des journées nationales de lutte contre l’illettrisme. 

L’une des meilleures raisons de regarder cette fiction, c’est Kévin Azaïs. Un comédien qu’on a découvert dans Les Combattants, aux côtés d’Adèle Haenel. Il est tout aussi solaire et juste dans ce nouveau rôle. Kevin Azaïs incarne Léo, qui travaille dans une usine de fabrication de sachets de thé. Un jour, on lui demande de changer de machine. Son chef lui explique rapidement comment ça marche et lui montre les consignes de sécurité. « Lis ça, tout est là ». Léo panique, mais ne dit rien. Et quelques minutes plus tard, l’accident : une grave blessure à la main. Car Léo, qui a une petite trentaine d’année et travaille depuis qu’il a 16 ans, ne sait pas lire. Arrêt de travail. À l’infirmière qui vient régulièrement changer son pansement et lui faire des soins, personnage campé par Sabrina Ouazani, il finit par avouer, non sans honte, son handicap invisible. 

7% d'adultes illettrés en France

Il s’agit bien là d’une fiction, adapté d’un roman de Cécile Ladjali, et pas d’un documentaire. Mais il raconte une réalité méconnue : en France, 7% des adultes sont illettrés. Cela représente 2,5 millions de personnes. Des gens qui sont allés à l’école, mais qui maîtrisent mal (ou plus du tout) la lecture et l’écriture. À ne pas confondre avec les analphabètes, qui eux n’ont jamais appris à lire et à écrire. Une expression, employée dans le film, résume bien les choses : « les mots m’ont laissé tomber ».

L’illettrisme est bel et bien un handicap invisible, puisque sur ces deux millions et demi de personnes, la moitié ont un emploi. Ils rusent en permanence pour ne pas se trahir, pour ne pas que ça se sache, c’est épuisant et ça complique tout, au quotidien. Prendre un billet de train, payer ses factures, prendre le bon médicament, passer son permis de conduire...

Sans pathos ni cliché

L’isolement, le mépris de soi, la colère, le découragement, la violence qui parfois ne se contient plus : le personnage de Léo raconte tout cela. Il a été élevé par sa grand-mère, un traumatisme de l’enfance a compliqué son apprentissage et depuis, il fait semblant. Le contact avec l’infirmière passe plutôt bien, peut-être trouvera-t-il l’énergie pour s’accrocher...

Le scénario est beaucoup plus subtil que ce qu’on pourrait craindre : ce film évite soigneusement le pathos, les clichés et les émotions faciles. Et puis il y a... Annie Cordy ! Bluffante dans le rôle de la grand-mère de Léo. Cette grand-mère doit affronter les reproches de son petit-fils devenu adulte, qui ne comprend pas pourquoi elle ne l’a pas forcé à apprendre et à qui elle répond "j'ai fait ce que j'ai pu". 

« Illettré » : téléfilm de Jean-Pierre Améris, avec Kevin Azaïs, Sabrina Ouazani et Annie Cordy, à voir sur France 3 le mardi 18 septembre à 21h. 

Le téléfilm sera suivi d'un documentaire tourné à Aulnoye-Aymerie, dans le Nord de la France : « 21 jours au cœur de l’illettrisme ».

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Léo n'a pas les mots et s'épuise à le dissimuler, jusqu'à ce que Nora lui vienne en aide. Sabrina Ouazani et Kévin Azaïs. © François Lefèvre / Escazal Films
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