Ce paquebot de luxe construit dans les années 1930 sur les chantiers de Saint Nazaire était un symbole de la fierté française. Il a fait naufrage en 1942, après un incendie accidentel dans le port de New-York. Un documentaire diffusé sur RMC Découverte raconte l'histoire captivante de ce bateau hors du commun.

A une époque où les bateaux de croisière font polémique à cause de leur empreinte écologique désastreuse ou parce qu'ils s'écrasent sur les quais de Venise, je vous propose un voyage un siècle en arrière : quand le paquebot était la meilleure - si ce n'est la seule - façon de traverser l'Atlantique. RMC Découverte diffuse ce mercredi 18 septembre un documentaire sur le Normandie, immense navire sorti des chantiers navals de Saint Nazaire en 1935. 

Prouesses techniques

Savez-vous ce qu’est un bulbe d’étrave ? Non, ça n'est pas une insulte du capitaine Haddock. C'est une partie de la coque d'un bateau, un renflement à la proue du navire qui permet de limiter la résistance de l'eau et donc d'aller plus vite. Eh bien c'est l'une des nombreuses prouesses techniques du Normandie. Le documentaire, grâce à des animations 3D très bien fichues, montre en détail pourquoi ce colosse d'acier était une immense fierté française. Un paquebot plus grand, plus beau, plus rapide que ses concurrents, et notamment le Queen Mary des Britanniques. 

Tout le mérite de ce film, c'est qu'il n'intéressera pas seulement les amateurs d'histoire maritime. C'est d'abord une plongée dans la vie quotidienne de la haute société des années 1930. Des images d'archives exceptionnelles, en couleurs, montrent à quoi ressemblait la vie à bord de cet hôtel de luxe flottant, avec une immense salle à manger art déco, une piscine, un ping-pong, un stand de tir, une église et une synagogue.

Un immense gâchis

Mais le plus fascinant, c'est surtout la fin de vie de ce bateau. En 1939, quand la guerre éclate, le Normandie est à New York. Impossible de rentrer en France, le risque est grand de se faire torpiller par un sous-marin allemand : il vaut mieux que le navire stationne aux États-Unis en attendant des jours meilleurs. Mais en 1941, quand les Américains s'engagent à leur tour dans le conflit, le navire est réquisitionné par l'armée américaine. Et c'est alors que ce palace des mers est transformé en bâtiment militaire, pour transporter des soldats. Sauf que les travaux de reconversion sont faits à la hâte. Résultat, un incendie survient sur le chantier. Le Normandie prend feu et finit par chavirer. Les historiens et spécialistes interrogés dans ce documentaire s'attardent sur le poids symbolique de ce naufrage. C'est un chef d'oeuvre français qui git dans le port de New York. Une image tragique de la France couchée. 

L'épilogue aurait eu plus de panache avec un sabotage, ou si des espions avaient été impliqués dans l'incendie... Mais l'enquête conclut à un simple accident dû à des négligences sur le chantier. La métaphore, en tout cas, est cruelle : dans les années 1930, le Normandie incarnait la puissance et le prestige d'un pays qui voulait montrer qu'il comptait dans le club des nations. Dans les années 1940, en plein régime de Vichy, c'est un bateau ravagé par les flammes qui s'enfonce dans la vase, dans un port américain. Grandeur et décadence d'un mythe flottant. 

"Le Normandie, un géant à la française". Documentaire d'Alexis de la Fontaine produit par l'agence CAPA (52 minutes). Mercredi 18 septembre à 20h55 sur RMC Découverte.

  • Légende du visuel principal: En 1935, le paquebot Normandie mettait un peu plus de quatre jours pour traverser l'Atlantique. © Capa Presse.
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