A voir sur France 5, une enquête fouillée et très claire sur le trafic mondial de déchets électriques et électroniques. Quand nos vieux ordinateurs se retrouvent dans une décharge à ciel ouvert du Ghana, c'est un désastre écologique mais aussi un drame pour la santé des habitants...

Savez-vous ce qu'est devenu votre vieil ordinateur qui ne fonctionnait plus ? Et ce frigo mal en point, dont vous vous êtes débarrassé(e) en déménageant, où est-il aujourd'hui? On imagine souvent que nos déchets électriques et électroniques sont soigneusement démontés et que chaque pièce est ensuite recyclée. La réalité est en fait très différente. Si vous l'avez jeté dans un centre de tri, le déchet a peut-être été volé : les pillages dans les déchetteries sont monnaie courante. Si vous l'avez laissé sur le trottoir, le jour du passage des encombrants dans votre commune, il s'est sans doute volatilisé bien avant le passage des camions de la ville. Parce que tout un réseau s'intéresse à ces déchets électroniques, qui contiennent des composants précieux, et notamment du cuivre. 

Filature par GPS, de Paris au Ghana

C'est un trafic mondial, une mafia tentaculaire. Pour montrer le trajet emprunté par la marchandise, les journalistes qui signent ce documentaire ont eu une très bonne idée : la filature. Ils ont placé des traqueurs GPS dans un réfrigérateur, une télévision et un ordinateur et les ont ensuite suivis à la trace. Ainsi, après un très long voyage qui passe par la Belgique et l'Allemagne, le frigo déposé sur un trottoir en région parisienne atterrit... au Ghana. Nous voici dans une immense décharge en banlieue d'Accra, la capitale, l'une des zones les plus toxiques au monde. 

Un écran plasma, par exemple, contient assez de plomb, de cadmium et de chrome pour polluer 50 mètres cubes de terre pendant trente ans. Ces décharges sauvages sont un désastre pour l'environnement - pour l'atmosphère et pour la terre - mais aussi pour la santé de ceux qui y travaillent : les adultes et les très nombreux enfants qui démontent les appareils, sans aucune protection, pour récupérer les métaux précieux. 

Parcs informatiques d'entreprise

Un aspect très important de ce trafic mondial est très clairement expliqué dans le documentaire : ce sont les parcs informatiques. Quand une entreprise change tous ses ordinateurs, c'est souvent le fabriquant qui lui propose de récupérer les anciens modèles. Et les entreprises, comme les organismes publics, sont rarement très regardants sur ce qu'il advient de ces déchets. 

Dans la décharge du Ghana, la journaliste a par exemple retrouvé un morceau d'imprimante sur laquelle il restait une plaque d'identification, elle a ainsi pu remonter jusqu'à la source : l'imprimante était celle d'un hôpital aux Pays Bas. Le responsable de cet hôpital accepte de répondre à une interview, et reconnait qu'il a surtout cherché à se débarrasser des vieilles imprimantes sans tellement se soucier de savoir si elles seraient recyclées. Le fin mot de l'histoire, c'est que le recyclage, quand il est fait dans de bonnes conditions, coûte très cher. Tout comme des contrôles douaniers efficaces pour ne pas que ces déchets soient exportés illégalement. Bref, pour enrayer cette mafia, il faudrait y mettre les moyens. En attendant, on peut, à notre échelle, se demander si on a vraiment besoin de changer d'ordinateur. Une petite goutte dans l'océan. 

"Déchets électroniques, le grand détournement" : documentaire de Caroline Salvoch et Alain Pirot. Mardi 19 février sur France 5 à 20h55. Suivi d'un débat animé par Marina Carrère d'Encausse. 

  • Légende du visuel principal: Dans cette décharge à ciel ouvert du Ghana, des enfants désossent et brûlent, sans protection, les télés et les ordinateurs que nous jetons en France. © Maximal productions
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