Pour l'occasion, Élisabeth Quin s'est toute de noir vêtue. Un entretien émouvant où le maître de l'outrenoir fait montre d'une désarmante simplicité. La grande exposition Soulages au musée du Louvre, à Paris, démarre le 11 décembre.

Quand j'ai su que serait diffusée ce mardi soir une interview de Pierre Soulages dans "28 minutes", j'étais dans tous mes états. D'abord pour une raison honteusement futile : j'étais curieuse de voir si Élisabeth Quin, qui porte toujours des pulls très audacieux, oserait se pointer en jaune canari ou en vert pomme chez le peintre mondialement connu pour ses tableaux noirs ! Les pulls de la journaliste d'Arte sont en effet devenus presque iconiques. Il existe même un compte Twitter baptisé "Fashion Quin", qui dresse un inventaire quotidien de ses magnifiques chandails à carreaux, à fleurs, à rayures, à motif licorne ou panthère rose. 

Un centenaire alerte

Et pourtant, c'est toute de noir vêtue qu'elle a mené cette interview, dans l'atelier du peintre, à Sète. N'allez pas croire que je suis déçue ! J'y vois avant tout une marque de respect, voire d'admiration. Car au-delà de la boutade sur ses pulls, ce sont les grandes qualités d’Élisabeth Quin en interview qui laissaient augurer une belle rencontre. Et le résultat est à la hauteur. L'entretien dure une dizaine de minutes. Pierre Soulages, qui fêtera ses cent ans le 24 décembre, a reçu la journaliste chez lui à Sète. Sa voix est un peu affaiblie, mais il est alerte dans ses réponses. Soulages explique que l'on commet souvent une erreur sur son travail :

Je ne peins pas du noir, moi. J'utilise la lumière. 

Elle est là, la clé de son fameux outrenoir  : il fait vibrer la lumière. Et cela fait beaucoup d'effet, je dois dire, de voir cet immense artiste parler de son œuvre avec une telle simplicité. D'autant qu'on est dans son atelier. Des toiles pas encore terminées sont posées contre le mur.

Une grande exposition Soulages doit démarrer au musée du Louvre, à Paris, le 11 décembre. Quand Élisabeth Quin lui fait remarquer que seuls Chagall et Picasso, avant lui, ont eu droit à cet honneur - une grande rétrospective au Louvre - sa réponse est magnifique : il pense aux œuvres admirables qu'on a du décrocher dans le musée pour accrocher les siennes. "C'est difficile à supporter", lâche-t-il avec une désarmante humilité. Je me suis renseignée auprès du Louvre, et c'est vrai : des tableaux de la Renaissance italienne ont été temporairement décrochés...

Entrer dans la lumière

Le noir, en occident, est associé au deuil et à la mélancolie. Mais ce n'est pas le cas ailleurs, rappelle Soulages, qui s'est marié en noir avec Colette, sa femme, de quelques mois plus jeune, avec qui il vit toujours. Et c'est bien la lumière qui permet à Élisabeth Quin de lui parler d'un sujet plus sombre : on dit souvent que mourir, c'est entrer dans la lumière.

Beaucoup de gens se croient vivant alors qu'ils sont déjà morts ! Si la vie est tellement formidable, magnifique, c'est parce qu'elle s'arrête, un jour.

Là encore, les choses sont dites avec une grande simplicité. L'homme qui parle ainsi affiche un siècle au compteur ! Tenez, j'ai un conseil pour se sentir en vie : il faut voir et revoir et rerevoir les tableaux de Soulages, au musée de Rodez qui porte son nom, ou au Louvre dans un mois. Ces tableaux noirs sont vivants, car ils ne sont jamais les mêmes selon l'heure de la journée, selon l'humeur de la lumière.

Entretien avec Pierre Soulages diffusé mardi 19 novembre à 20h sur Arte, dans "28 minutes". 

  • Légende du visuel principal: Pierre Soulages a reçu la journaliste Elisabeth Quin dans son atelier, à Sète. © Capture d'écrans / Arte
L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.