Éloignement, coût élevé pour les communes, endettement des familles… Le modèle du lotissement périurbain est-il en bout de course ? Un documentaire très éclairant, diffusé en janvier sur France 5, est désormais programmé sur Public Sénat : "Rêve pavillonnaire, les dessous d'un modèle".

C'est un très beau boulot de vulgarisation sur un sujet qui le mérite, l’urbanisme. Ce documentaire est aussi un réquisitoire contre la politique d’urbanisme menée en France depuis les années 1960. Il a été diffusé en janvier dernier sur France 5, il passe désormais sur Public Sénat : "Rêve pavillonnaire, les dessous d'un modèle". Quel était donc le projet à l’œuvre dans cette architecture de pavillons isolés, standardisés et bon marché ? Qui sont ceux qui y vivent, quels étaient leurs rêves et quelle est leur réalité ? Et quel est enfin l’impact de ce modèle urbanistique sur nos vies et sur notre environnement ?

Désenchantement périurbain

Les zones pavillonnaires, avec leurs maisons aux allures de clones, construites entre banlieues et campagne, portent souvent des noms qui sonnent comme la promesse d’une vie meilleure : « les terrasses du soleil », « le clos des acacias »... Mais depuis une dizaine d’année, le désenchantement périurbain a pris le dessus, comme l’a montré la crise des gilets jaunes.   

La première partie de ce documentaire aborde le volet historique : comment la France a renoncé à la politique des grands ensembles pour privilégier celle des maisons individuelles et de l’accession à la propriété. C’est le mythe de la « moyennisation » de la société, comme l’explique une sociologue. Ce type d'habitat était censé porter l’essor d’une classe moyenne, sur le modèle des suburbs américains.   

Un modèle de société qui se lézarde

Ensuite, on pousse la porte des pavillons. Myrial Elhahad, qui signe ce documentaire, est allée à la rencontre des hommes et des femmes qui incarnent cette désillusion. Ils étaient locataires, ils ont souvent été démarchés par un promoteur zélé, qui leur a promis monts et merveilles. Ils ont acheté une maison. Une séparation, la perte d’un emploi, le moindre pépin, et ils se retrouvent étranglés de dettes. Or ces maisons préfabriquées vieillissent mal, se dévaluent vite et se revendent très difficilement. L’accession à la propriété est devenue aujourd’hui la cause première du sentiment de déclassement et de la paupérisation des classes moyennes.  

On voit aussi, dans ce documentaire, des familles très épanouies dans leur maison, heureuses d’être propriétaires et d’avoir un petit jardin. Mais dans bien des cas, les habitants de ces pavillons sont assommés par les crédits, ils vivent sur le fil, éloignés des bassins d’emploi et oubliés par les services publics. Le coût écologique de l’étalement urbain est aussi à prendre en compte, bien sûr. Finalement, à l’image de ces maisons qui vieillissent mal et dont les travaux ne sont pas terminés, faute de budget… le désenchantement pavillonnaire, c’est tout un modèle de société qui se lézarde. Et qu’il est urgent de repenser.   

« Rêve pavillonnaire, les dessous d’un modèle ». Documentaire à voir samedi 21 novembre à 22h30 sur Public Sénat ou dès le lendemain, en replay, sur le site internet de la chaîne.   

  • Légende du visuel principal: Popularisées dans les années 1970, les zones pavillonnaires incarnaient le rêve d'une classe moyenne alors en pleine expansion. © Temps Noir / Public Sénat
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