En 1974, le viol de deux femmes par trois hommes donne lieu à une bataille judiciaire hors norme. Soutenues par les féministes, les victimes vont contribuer à faire changer la loi.

Seulement 10% des femmes violées portent plainte
Seulement 10% des femmes violées portent plainte © Getty / Sharon Mccutcheon / EyeEm

S'il fallait une seule raison de regarder ce téléfilm, ce serait la plaidoirie de Gisèle Halimi, avocate des victimes, figure phare du combat féministe, interprétée brillamment par Clotilde Coureau. France 3 fait ce soir le récit d'un procès médiatique et politique, d'un combat contre les tabous et les préjugés de la société patriarcale : procès de trois hommes accusés d'avoir violé deux femmes, deux touristes belges, en 1974.

Ce procès va contribuer à modifier la loi, en 1980, et à faire du viol un crime

En été 74, deux femmes belges, 19 et 24 ans, sont en vacances en amoureuses dans le sud de la France. Trois hommes font irruption sous leur tente, les agressent violemment et les violent pendant cinq heures. Ils sont interpellés le lendemain, mais vont parler de rapports sexuels consentis, malgré les traces de coups, malgré les visages tuméfiés des victimes, et sont uniquement inculpés pour "coups et blessures". Le téléfilm d'Alain Tasma raconte le combat éperdu de ces deux femmes pour que le viol soit enfin reconnu comme un crime. C'est le récit d'un procès très médiatique et très politique, avec des victimes forcément suspectes. Pensez-vous, ces deux-là étaient lesbiennes et naturistes !

Quatre ans après les faits, les trois violeurs furent reconnus coupables et condamnés à de la prison ferme

Le film est suivi d'un débat animé par Carole Gaessler, en présence des deux victimes, qui reviennent sur cette affaire, 45 ans plus tard. Raconter cette histoire sous forme de fiction avant d'entendre les experts et les victimes est une très bonne manière d'aborder ce sujet. France 3 fait là un beau travail de service public. Pourquoi, encore aujourd'hui une femme sur dix seulement porte-t-elle plainte après un viol? Comment mieux recueillir la parole des victimes? Pourquoi tant d'affaires sont-elles renvoyées en correctionnelle, alors que le viol a sa place aux assises?

J'ai un regret, qui peut sembler dérisoire. C'est une formulation fréquente, qui pourtant ne devrait plus exister. Carole Gaessler, au début du débat, parle de ces deux femmes qui, je cite, "se font violer" par trois hommes. Non, on ne se "fait" pas violer. Car la victime ne fait rien, justement. Elle n'a pas à être sujet de cette action. On ne se fait pas violer, on est violée. (Regardez à ce sujet Christiane Taubira récitant un texte de Léonora Miano)

Aujourd'hui encore, 84.000 femmes sont violées chaque année en France. Seulement une sur dix porte plainte. Comme le disait déjà Gisèle Halimi dans les France des années 70, "il faut que la honte change de camp."

"Le viol", téléfilm d'Alain Tasma suivi d'un débat. Ce soir sur France 3 à partir de 20h50.

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