Que ressent un sportif qui essuie une défaite ? Que devient ensuite sa frustration, son amertume ? Une série documentaire passionnante et émouvante. A voir sur Netflix, surtout pour l'épisode consacré à Surya Bonaly, qui n'a jamais gagné de médaille olympique mais a durablement marqué l'histoire du patinage artistique.

Juste après notre habituelle gamelle à l’Eurovision et quelques jours avant Roland-Garros, la France a besoin qu’on lui rappelle la beauté de la défaite ! Blague à part, voici une très belle série documentaire qui se penche sur l’échec, en matière sportive : "Losers" est disponible sur Netflix. Elle montre que perdre avec panache est parfois bien plus beau que de gagner. Il y a huit épisodes, chacun nous raconte une histoire différente. Ces sont des histoires vraies, des histoires de boxe, de golfe, de foot, ou de course en chiens de traîneaux. Des histoires portées par un sens de la narration hyper efficace, grâce aux témoignages des premiers concernés, aux commentaires d'experts et de témoins de l'époque, aux images d'archives, mais surtout grâce à du dessin d'animation très bien senti. Le sport, comme vous le savez, peut être bigrement émouvant, à condition d’être bien raconté. 

Encore faut-il savoir ce qu’on désigne comme un échec. Par rapport à vous et moi, les sportifs qu’on voit là sont des géants, des athlètes de très haut niveau. Le boxeur américain Michael Bentt, par exemple, fut champion du monde poids lourd WBO en 1993, tout de même ! Mais il a perdu sa ceinture dès l'année suivante. Une défaite par KO et il a tout arrêté pour devenir acteur. Finalement, peu importe comment on définit l’échec : ce qui compte, c’est que le sportif, lui, ait connu un sentiment de défaite, de frustration. Et surtout le regard qu'il porte dessus des années plus tard. 

Surya Bonaly, "exotique"?

L'épisode le plus intéressant est consacré à une grande athlète française : Surya Bonaly. Une grande athlète, oui, mais qui n’a jamais décroché de médaille aux Jeux Olympiques dans sa discipline, le patinage artistique. Il faut mesurer le racisme dont a été victime cette sportive noire, qu'on qualifiait volontiers d'exotique, que l'on jugeait pas assez féminine, ou pas assez gracieuse... Ses triples lutz et ses triples piqués étaient impressionnants, mais elle est systématiquement mal notée par les juges. 

Immense injustice

En 1994, lors des championnats du monde, elle termine deuxième après une prestation parfaite... et refuse de monter sur le podium. Pire : elle enlève, en larmes, la médaille d'argent qu'on vient de lui mettre autour du cou. Certains diront qu'elle était mauvaise perdante. Mais on comprend, 25 ans après, son immense sentiment d'injustice. Et puis il y eut les JO de 1998. Surya Bonaly n'était pas encore remise d'une blessure au talon d'Achille. C'est elle qui raconte la suite, en anglais puisque c'est un documentaire américain et qu'elle est devenue, depuis, franco-américaine :

La douleur était insupportable. Je savais que même si l’adrénaline peut faire des miracles, je n’arriverais pas à faire des triple sauts. J’ai quand même réussi à y aller. Que sera sera, comme on dit. Ok, je fais un salto arrière ! 

Le salto arrière est interdit et elle le sait, évidemment. Elle le fait quand même et termine dans les choux du classement, mais ovationnée par le public. Magnifique pied de nez aux juges, qui l'ont si souvent méprisée. Ce salto a définitivement marqué l'histoire de son sport. Et ça, ça vaut de l'or. Surya Bonaly et tous les autres sportifs de cette série sont peut-être des perdants mais ils sont loin, très loin, d'être des tocards. De leur échec ils ont fait quelque chose de beau. A côté, les gagnants sont à mourir d'ennui. 

« Losers », série réalisée par Mickey Duzyj : disponible sur Netflix. Huit épisodes de trente minutes. 

  • Légende du visuel principal: La patineuse française lors des championnats du monde de 1995. © AFP / VINCENT AMALVY / AFP
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