C'est le film préféré de Martin Scorsese et de Brian de Palma. Ce bijou en Technicolor est une réflexion puissante sur l'art, la création, et les sacrifices qu'ils imposent. En période de confinement, il peut aussi permettre de s'interroger sur nos vies (d'avant) en accéléré.

"Les chaussons rouges" de  Michael Powell et Emeric Pressburger, sorti en 1948.
"Les chaussons rouges" de Michael Powell et Emeric Pressburger, sorti en 1948. © Jack Cardiff, ITV plc Chaussons rouges

C’est le moment où jamais, coincés à la maison, de prendre le temps d’apprécier les chefs d’œuvre du septième art. Précipitez-vous sur le site d’Arte pour voir ou revoir « Les chaussons rouges ». Un film britannique sorti en 1948, mais qui impressionne par sa modernité. C’est le film préféré de Martin Scorsese et de Brian de Palma, pour ne citer qu’eux. Une réflexion puissante sur l’art et la création, et sur le danger qui surgit quand on s’y abandonne complètement. 

Victoria, danseuse, se fait embaucher dans une très prestigieuse troupe de ballet. Elle se retrouve à jouer le premier rôle dans « Les chaussons rouges », spectacle inspiré d’un conte d’Andersen. Une histoire cruelle et terrifiante, comme le sont souvent les contes de fée. 

Danse ou crève

Quel était ce conte? Il était une fois une paysanne orpheline qui portait de magnifiques souliers rouges pour se rendre à l’église. Sa mère adoptive les trouva indécents, trop voyants, et lui demanda de ne plus les mettre. Mais la jeune femme ne l’écouta pas, et s’en alla au bal. Après avoir beaucoup dansé, elle voulut rentrer chez elle, mais les souliers flamboyants dansaient tout seuls, comme vissés à ses pieds : elle ne les contrôlait plus. La pauvre paysanne se mit à danser, danser, à travers les forêts, sous la pluie, pendant des jours et des nuits. Elle finit par demander à un bourreau de lui trancher les pieds, mais ces derniers continuaient à danser et lui barraient la route. La pauvre ne trouvera le salut que dans la mort.

Je vous avais prévenus que ce n'était pas joyeux ! C’est cette histoire que raconte le ballet interprété par Victoria dans le film. On assiste à la préparation du spectacle, aux répétitions, à la tension qui monte en coulisse. Et la grande audace des réalisateurs, Michael Powell et Emeric Pressburger, c’est d’avoir consacré une longue séquence au spectacle en tant que tel.

Une tragédie éblouissante

La scène de ballet dure un quart d’heure, un quart d’heure sans dialogue, mais jamais que le temps ne semble long, je vous le garantis. Ces images sont d’une beauté indicible. C’est de la grâce à l’état pur, en Technicolor. 

Cette histoire de pieds qui dansent tous seuls prend, par ailleurs, un sens particulier à l’ère de confinement. Nous sommes nombreux à avoir l’impression, depuis quelques jours, que la vie s’est arrêtée, et on le vit mal. Mais quand elle allait trop vite, quand on avait l’impression de n’avoir du temps pour rien et d’être sans arrêt dépassés, on le vivait mal aussi. Ce ballet interroge l’accélération de nos sociétés contemporaines, avec une grâce infinie. Voilà pour l’histoire dans l’histoire. Et puis il y a la danseuse, Victoria, tiraillée entre sa passion pour la danse, avec toute la discipline et l’austérité que cela implique, et son amour pour Julian, le chef d’orchestre. Devra-t-elle renoncer à l’amour pour l’art, ou à l’art pour l’amour ? La création est-elle forcément un sacrifice ? Oui, cette histoire est une tragédie, mais elle est éblouissante. Ces images hypnotiques sont de celles qui restent gravées longtemps dans la mémoire.

"Les chaussons rouges" (durée 2h10) : sur le site d'Arte jusqu'au 31/05/2020.

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