A voir sur Arte, un documentaire vibrant de poésie sur le peintre de l'outrenoir, avec la voix de Dominique Blanc. Touchant et passionnant.

Dans le Musée Soulages
Dans le Musée Soulages © AFP / PASCAL PAVANI

Une poignée d’enfants, de 10-12 ans, plantés devant un tableau de Pierre Soulages, dans un musée. « Mais en fait, c’est pas tout noir ! », s’émerveille un gamin. « Ça change en fonction du moment de la journée, répond une autre, il y a de la lumière sur le tableau. C’est peint avec de la lumière ! »  Stéphane Berthomieux a filmé ces enfants puis il a montré la séquence, sur une tablette, à Pierre Soulages, 97 ans. Le peintre, que dis-je la légende vivante, en a les larmes aux yeux. 

Voilà un film très touchant, vibrant de poésie et passionnant sur la technique du peintre

Pierre Soulages, à l’âge de 5 ans, traçait des lignes noires sur une feuille blanche et disait qu’il dessinait de la neige. Il avait déjà compris les pouvoirs du noir. Il y a beaucoup de grâce dans la façon dont Soulages manipule son épaisse résine noire pour faire « vibrer la lumière ». 

La réussite de ce film tient en grande partie dans les gros plans sur les tableaux. C’est tellement compliqué, de filmer la peinture... Les gros plans, qui épousent les courbes des tableaux, sont presque hypnotiques, accompagnés d’une musique audacieuse qui leur colle à la toile. 

Le film raconte les débuts de l’artiste et puis cette nuit de janvier 1979 où tout a basculé, quand Pierre Soulages découvre le noir-lumière, l’outre-noir. Depuis le début, ça le guettait, le monochrome. Mais cette nuit-là, il découvre qu’avec un seul pigment, on peut accueillir différentes lumières, n’importe quelle lumière. Le philosophe Alain Badiou fait partie des grands admirateurs de Soulages. Très souvent, explique-t-il, on conçoit le noir comme une interruption, comme une négation : la nuit tombe sur le jour. Soulages cherche à inverser ce rapport et nous rappelle que la lumière sort du noir. Le noir fait parler la lumière, il raconte les origines du monde.

Autre raison de voir ce film : la voix de Dominique Blanc

La comédienne est la narratrice de ce portrait, elle lit parfois des textes de Soulages. Et notamment un surprenant éloge du rugby, aux allures d'éloge de l’inattendu. 

Ce film est aussi l’occasion de faire connaissance avec Colette Soulages, l’épouse du peintre depuis 1942 (ils se sont mariés en noir). Dimanche dernier, Colette et Pierre Soulages ont visité ensemble l’exposition Calder au musée Soulages de Rodez. Pierre Soulages a accepté que ce musée porte son nom à condition qu’il s’ouvre à d’autres artistes. « Je voulais un musée vivant, pas un mausolée ». 

Documentaire de Stéphane Berthomieux, à voir dimanche à 17h35 sur Arte et dès dimanche matin sur le site d’Arte, pendant une semaine. 

L'équipe
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.