Des femmes qui chantent sur scène, devant un public mixte : en Iran, c'est interdit. Dans ce documentaire, on suit le combat acharné d'une compositrice pour organiser un concert de chanteuses, parmi lesquelles Jeanne Cherhal, à Téhéran. Un très beau film à voir gratuitement sur Tënk, en partenariat avec France Inter.

Mesure-t-on le pouvoir subversif de la voix? En Iran, les femmes n’ont pas le droit de chanter en solo sur scène. Elles ont le droit de chanter avec des hommes, ou de se produire devant un public de femmes. Mais depuis la révolution islamique, la voix d’une chanteuse ne peut pas s’élever devant un public mixte. Sara Najafi, une compositrice iranienne, ne peut pas le supporter. Ce film raconte son combat : "No land's song" est disponible gratuitement sur Tënk pendant une semaine, en partenariat avec France Inter. 

En 2013, Sara a organisé un concert de femmes. Elle a rassemblé des chanteuses sur une scène, à Téhéran. Son frère, Ayat Najafi, le réalisateur de ce film, montre les embuches inimaginables qu’elle a affrontées pendant deux ans, le bras de fer qu’elle a mené avec les autorités iraniennes. Elle portait souvent un micro, caché sous son voile, pour enregistrer ses rendez-vous au ministère de la culture et avec les autorités religieuses du pays.

Menaces et intimidations

La française Jeanne Cherhal apparait dans le film : pour faire parler de ce concert en dehors des frontières, la compositrice a invité des chanteuses étrangères, notamment Tunisienne et Française. Sara explique aux autorités qu'il s'agit de créer des ponts culturels entre différents pays, leur rappelle que c'est un Français qui a composé l'hymne national iranien ! Mais rien n'y fait. Les visas sont refusés à plusieurs reprises. Impossible de venir chanter à Téhéran. 

Le jour où un responsable religieux explique doctement à Sara que la voix des femmes est trop érotique pour qu’on les laisse chanter, Sara encaisse. On lit sur son visage toute la colère contenue, le désespoir, mais elle tient bon. Elle est impressionnante. 

Après des mois et de mois, les chanteuses et les musiciens obtiennent enfin un visa, et arrivent à Téhéran. On assiste aux répétitions, joyeuses malgré les menaces et les intimidations. Et puis la douche froide : on apprend que le concert est autorisé à condition qu'il ne soit pas filmé, pas enregistré, et qu'il ne soit annoncé nulle part. Élise Caron, une chanteuse française qui participe au projet, estime que dans ces conditions, il vaut mieux ne pas monter sur scène. 

Je  suis absolument désolée que les femmes posent à ce point problème. Dans le monde, partout, j’ai l’impression que le problème, c’est la femme. Je propose qu’on éradique la gent féminine. Ça me met dans une espèce de rage...

Et la rage s'étrangle dans sa voix. Le spectacle est donc annulé. Mais les autorités iraniennes réalisent que ces artistes français vont en parler autour d'eux en rentrant... alors ils reviennent sur les conditions qu'ils imposaient. Le concert a bien lieu. Le coup de poker a fonctionné ! Et quand Jeanne Cherhal, qui porte un voile léger sur la tête, fait enfin face au public, à Téhéran, et se met à chanter en persan, on est bouleversé par l'ampleur de cette victoire.

Un immense petit concert

C'est un petit concert - il y avait peut-être 200 personnes dans le public ce jour-là - et pourtant il est immense. Et puisqu'il y avait bien une caméra, il y a aujourd'hui ce film précieux, pour nous rappeler à quel point le chant est politique. Difficile d'oublier cette chanteuse iranienne, au début du documentaire, qui se désole en disant : « Imagine qu’une couleur n’existe plus, imagine si on interdisait de peindre en rouge. C’est la même chose en musique. Comment chanter sans la couleur de la voix des femmes ? »

-> « No land's song » (durée 1h30) : disponible gratuitement sur Tënk jusqu'au 27 septembre 2019, grâce à un partenariat entre Tënk et France Inter. (Cliquez sur le triangle au centre de l'écran pour visionner le film).

  • Légende du visuel principal: Deux ans de bataille acharnée, pour entendre la voix des femmes sur scène, à Téhéran. © © No Land’s Song - Ayat Najafi - Chaz Productions - Jour2fête
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