En regardant des vidéos de chats mignons ou des émissions animalières à la télé, on ressent un sentiment difficile à décrire... parce qu'il nous manque un mot en français ! Ce mot existe dans aux Philippines : c'est le "gigil", l'agression du mignon. Laurent Nunez l'explique dans un livre formidable.

Chaton mignon
Chaton mignon © Getty / Benjamin Torode

La période de Noël, comme chaque année, est riche en documentaires animaliers, programmes familiaux par excellence. Vous verrez par exemple lundi soir sur France 2 « la vie secrète des animaux du village » (avec Cécile de France pour la voix off) et « les Saisons », documentaire époustouflant de Jacques Perrin. Mais des animaux à la télé, il y en a toute l’année, même si « 30 millions d’amis » n’existe plus. Dans « les Animaux de la 8 », sur C8, on peut par exemple voir une femme se promener avec des lapins nains au bout d’une laisse.

Lapins nains et saut d'obstacle

Des lapins qui font du saut d’obstacle : c’est surprenant mais un peu hypnotisant, je dois dire. En regardant ces images, on ressent quelque chose de difficile à décrire. Quelque chose de plus complexe que « oh c’est trop chou ». Même chose pour les vidéos de chats qui font un tabac sur Internet. Pourquoi est-il aussi compliqué d’expliquer l’effet que procure une vidéo d’animal trop mignon sur celui ou celle qui la regarde ? Eh bien c’est parce qu’il nous manque un mot ! Je l’ai découvert en lisant un livre merveilleux : Il nous faudrait des mots nouveaux (éditions du Cerf). 

L’auteur s’appelle Laurent Nunez, mais il n'est pas secrétaire d'Etat à l'Intérieur. C’est un homonyme. Ce Laurent Nunez est prof de lettres. Son livre recense des mots qui n’existent pas en français et qui pourtant nous manquent. Voici ce qu’il écrit :

La vidéo d’un chaton maladroit. La photo d’un bébé qui rigole. (...) Chaque fois, c’est la même chose : on ressent devant ces tendres images une sorte de tension qui monte dans tout le corps. C’est bizarre, ça picote. On minaude et en même temps on se contracte. On est attendri et en même temps on voudrait serrer très fort le chaton, pincer les joues du bébé. (...) Est-ce que c’est normal ? Oui, c’est le gigil.

Le gigil ou l'agression du mignon

Gigil : c'est ainsi qu’on désigne, aux Philippines, « la tension qui surgit en nous devant quelque chose d’insupportablement mignon ». L’agression du mignon. Ce n’est pas pour rien qu’on dit souvent « trop » mignon et pas « mignon » tout court. Cela signifie : c’est trop pour moi. Alors j’ai envie de mordre. Quel parent n’a jamais fait semblant de manger son bébé ? Pourquoi diable dit-on : « oh ces petites cuisses potelées, on en mangerait » ? C’est le gigil ! On devrait emprunter ce mot aux Philippins. Laurent Nunez se penche ainsi, avec beaucoup d’humour et d’érudition, sur treize mots absents de notre dictionnaire. « Et si notre langue, en formatant nos phrases, avait formaté nos existences ? » 

Éteignez la télé

Autre exemple. Un vocable allemand : le « freizeitstress », qu’on pourrait traduire par le stress du temps libre. L’angoisse de l’ennui. « Les êtres humains n’aiment pas la liberté. Offrez-leur du temps libre, et voilà qu’ils cherchent à l’occuper. Rien ne les effraie plus qu’un trou dans leur emploi du temps. » Mais attendez, j’y pense : que fait-on quand on a rien à faire ? On allume la télé, souvent. Alors mon conseil, pour une fois, c’est de l’éteindre et de lire ce livre, qui nous rappelle qu’un mot n’est jamais seulement un mot : c’est un outil mental qui permet de désigner ce qui autrement resterait ignoré. Un mot de plus, c’est une porte de plus, dont on n’avait pas vu l’encadrure. « Élargir son vocabulaire, c’est élargir sa vie. »

Il nous faudrait des mots nouveaux, de Laurent Nunez (éditions du Cerf).

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