Cette série adaptée du livre d'Ivan Jablonka raconte le destin de Lætitia Perrais, assassinée par Tony Meilhon en 2011. Son enfance, sa vie, ses rêves : la biographie de la jeune femme est déroulée, pour ne pas la résumer à sa mort. Les six épisodes de cette fiction bouleversante sont aussi justes que dignes.

Ne plus résumer cette jeune femme à sa mort : telle était l’ambition de l’historien Ivan Jablonka quand il a écrit « Lætitia ou la fin des  hommes ». La série diffusée sur France 2 les 21 et 28 septembre, réalisée par Jean-Xavier Delestrade, est l’adaptation de ce livre remarquable. Elle  parvient – et c’était une gageure – à être à la fois intense, haletante, et immensément respectueuse des hommes et des femmes au cœur de cette affaire. Ce n’est pas un documentaire, c’est une fiction, avec des comédiens, mais qui colle au plus près à la réalité.  

La violence pour destin

Renverser la perspective, donc : ne pas s’intéresser à une victime, mais à une  jeune femme, qui avait des amis, une sœur jumelle, des rêves, et qui aimait la vie. Une jeune femme dont l’enfance fut marquée par la violence, aussi. Lætitia et sa sœur, Jessica, ont été placées très jeunes en foyer, puis dans une famille d’accueil. C’est dans cette famille que démarre l’enquête, quand Lætitia disparait. Les gendarmes trouvent des lettres d’adieu, dans lesquelles l'adolescente parlait de mourir. Si l’enquête sur sa disparition, dans des circonstances atroces, est assez vite résolue avec l’arrestation de Tony Meilhon, l’enjeu est bel et bien ailleurs.  C’est ce qu’explique le gendarme :  

C'est pas seulement une question de hasard, de chance ou de malchance, un drame comme celui-là. Il y a des raisons, qui viennent souvent de très loin : du passé qu'on a eu, de la famille, de secrets dont on ne sait pas quoi faire. De la place qu'on nous a laissée, aussi.

Jessica,  la sœur jumelle, est emmurée dans le silence. « Parler, pour elle, ne va pas de soi », résume l’assistante sociale un peu plus tard. Quels secrets la sœur veut-elle protéger, de quoi a-t-elle peur ? On comprend petit à petit que la violence a poursuivi les jumelles dans la famille d’accueil où elles avaient été placées. Et par un jeu habile de flash-back, on découvre leur enfance : un père biologique violent, incarcéré pour viol, une mère très fragile, défaillante. La violence comme un destin. 

Cette histoire est insoutenable. Mais la série est d’une grande justesse et surtout d’une immense dignité. Marie Colomb, qui  joue Lætitia, est une révélation : grande comédienne. Tous les acteurs et actrices, à vrai  dire, sont impeccables. Les personnages les plus sombres sont racontés dans toute leur complexité. Le père biologique de Lætitia et Jessica, notamment. Mais aussi Tony Meilhon, l’assassin. La scène où la mère de ce dernier raconte les secrets de sa famille, est cruciale.  

Récupération politique

On a beaucoup parlé à l’époque du profil du meurtrier, multirécidiviste. Pourquoi Tony Meilhon était-il libre ? C’est une question que l’habituelle récupération politique des faits divers n’a pas manqué de poser. Mais tout le mérite de cette série, justement, c’est d’aller bien au-delà. Et d’ausculter, à travers cette affaire, un système patriarcal de violences contre les femmes. La vulnérabilité des enfants, aussi, et les défaillances de l’aide sociale à l’enfance. La question de la récidive est aussi posée évidemment, et le propos n’est en aucune manière d’excuser quoi que ce soit. Mais bien de comprendre. De tout comprendre. Le rôle des journalistes, les méthodes très contestables des médias, sont également évoqués. Cette série parvient à nous plonger dans cette tragédie, pour en raconter toutes les nuances. En  cela, elle est très politique, et sa portée est universelle.  

« Lætitia » :  les trois premiers épisodes lundi 21 septembre sur France 2, à 21h. Les trois  suivants lundi 28 septembre. Tous sont déjà disponibles en ligne.

  • Légende du visuel principal: Marie Colomb, solaire, dans le rôle de Laetitia, assassinée à 18 ans. © Jérôme Prébois, France Télévision, CPV Films
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