Ce soir à 22h40, France 2 diffuse "Première année dehors, journal de bord", un documentaire qui suit des hommes en processus de réinsertion après une incarcération.

Un documentaire particulièrement touchant. Valérie Manss, la réalisatrice, a suivi plusieurs hommes pendant la période où ils réapprenaient à être libres. Tous ont été enfermé pendant de longues années en prison. Tous redoutaient le moment où ils allaient être dehors. Elle les a rencontrés durant les derniers mois qu’ils ont passé en détention et les a accompagnés tout au long de cette première année en liberté.

Et si on arrive assez bien à s’imaginer à quoi ressemble la vie lorsqu’on est incarcéré, je dois vous avouer que je ne savais que trop vaguement comment se passait le retour à la vie normale pour ces gens. Et c’est tout l’intérêt de ce doc. Il permet d’être à leurs côtés lors de cette période de réadaptation. Une période qui ressemble plus à une antichambre de la liberté qu’à autre chose. 

Pour plusieurs raisons : d’abord, les ex-détenus semblent très éloignés de notre réalité. Comme s’ils étaient déconnectés de notre monde. Et puis, le système judiciaire continue de les suivre, de les accompagner et de les contraindre. Pour la plupart de hommes présents dans ce doc, ce chaperonnage est d’ailleurs assez insupportable. 

C’est le cas de Raphaël, qui a passé 31 ans de sa vie en prison et qui est contraint de passer par un foyer de réinsertion à sa sortie…

Il ne semble malheureusement pas prendre conscience de la nécessité de ce type de structure et qui, tout au long du doc, semble être dans une forme de rébellion. Au cours d'une réunion, un ex-détenu tente de le raisonner en lui tenant des paroles sages : "tu sais la liberté, ça peut faire mal".

Ils en sont la preuve. Au fil des mois passés à l’extérieur, deux des personnages de ce documentaire semblent même détruits. Étouffés par ce trop-plein d’oxygène.

Ils racontent la solitude terrible qui suit une peine de prison. Le sentiment de ne jamais pouvoir s’en sortir. De ne jamais pouvoir retrouver une liberté réelle.

La réalisatrice les filme souvent seuls au milieu de grands espaces. Elle prend le temps de capter tous leurs silences. Une manière de montrer qu’ils sont seuls et perdus dans ce grand tout.

On voit leurs visages, ils ne sont pas floutés comme c’est souvent le cas dans ce genre de sujets. Du coup, on perçoit tout de leurs émotions à travers leurs regards. On est en empathie et on en vient à oublier leurs peines de prison.

D’ailleurs, on ne sait rien ou presque de leurs crimes. Et même si ça peut brusquer, c’est sans doute la grande force de ce film. De nous faire oublier le passé de ces hommes et de nous les montrer tels qu’ils sont aujourd’hui.

Ce documentaire nous rappelle à leur humanité. Ils ne sont pas des ex-prisonniers mais des êtres de chair et de sentiments. C’est plus qu’un doc de télévision. C’est une forme de réinsertion par le regard.

« Première année dehors, journal de bord », à 22h40 sur France 2.

  • Légende du visuel principal: Première année dehors, journal de bord. Raphaël, l’un des trois anciens détenus qu'a suivis Valérie Manns © Les Films du Balibari/France TV
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