Pendant près de quinze ans, Julie Gavras a filmé huit adolescents des quartiers chics. Un portrait par l'intime de la future élite. Documentaire bienveillant mais jamais complaisant, à voir en replay sur Arte.

De 2003 à 2016, Julie Gavras a filmé chaque année huit anciens élèves d'un lycée parisien prestigieux.
De 2003 à 2016, Julie Gavras a filmé chaque année huit anciens élèves d'un lycée parisien prestigieux. © KG Production - Arte

Oui, encore un documentaire... Mais j’ai trouvé une idée pour vous convaincre de le regarder : c’est un docu qui montre de l’acné en gros plan ! Non, je plaisante. Le sujet de ce film, Les Bonnes Conditions, ce sont huit adolescents qui n’ont pas de gros problèmes de peau, je vous rassure, mais qui en effet sont filmés de près. Tous vivent dans le très chic VIIe arrondissement de Paris. La réalisatrice Julie Gavras les a filmés pendant presque quinze ans. Ce dispositif de longue haleine est rare et vraiment passionnant : de leur entrée en seconde, au prestigieux lycée Victor Duruy, jusqu’à leur entrée dans la vie active, elle les a retrouvés une fois par an. C’est précieux, de voir ainsi vieillir des personnages, face à une caméra : ne serait-ce que pour l’évolution physique, les visages qui deviennent de moins en moins ronds.

Pression familiale

C’est un documentaire qui montre le déterminisme social dans toute sa splendeur. Le mécanisme de reproduction des élites. Tous sont nés avec une cuillère en argent dans la bouche. Ils sont fils ou fille de directeur financier, de médecins, de bijoutier… et malgré la diversité des profils, ils ont les moyens de leurs ambitions. Ils ont aussi une sacrée pression familiale. 

Ce film est le portrait d’un milieu social par petites touches impressionnistes. Le rapport à l’argent, à l’ambition, la confiance en soi, la crainte de ne pas être à la hauteur… Certains, comme Constance, osent même parfois se moquer des codes de leur milieu :

Dans mon école, on fait la différence entre "piston" et réseau. "Piston", c'est un mot qu'ils n'aiment pas. Donc, c'est par "réseau" que j'ai trouvé mon stage !

Ce qui est très réussi, c’est que Julie Gavras (qui est la fille de Costa Gavras, et qui était elle-même scolarisée à Victor-Duruy) se garde de tout manichéisme. Son regard est bienveillant mais pas complaisant. Victor, Marie, Constance et les autres sont parfois très agaçants, parfois très touchants. Ils nous parlent de leurs fragilités, de leurs envies, de leurs doutes… et on s’attache à eux en les regardant vieillir. L’idée n’est pas du tout de dire que les riches aussi ont des problèmes. Simplement de montrer ce que signifie, pour eux, entrer dans la vie adulte.

Fiction à suspens

Au-delà de la dimension sociologique, ce documentaire se dévore comme une fiction à suspense. On se demande si ces gamins devenus grands seront fidèles à ces fameuses "bonnes conditions". Vont-ils trahir les ambitions de leurs parents ou leurs rêves d’adolescence ? A la fin du film, Julie Gavras juxtapose des images de chacun à 16 ans puis à 30 ans, et les fait se répondre à eux-mêmes : le résultat est bigrement émouvant. Quel que soit votre milieu de naissance, je vous mets au défi de ne pas penser à vous quand vous aviez le même âge et à la vie que vous imaginiez à l'époque. Cette immersion chez les futures élites serait presque... universelle. 

Les Bonnes Conditions, de Julie Gavras. A voir en replay sur le site d’Arte (jusqu'au 16 juillet 2018). 

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