Une histoire d'amitié entre deux fillettes élevées par des familles très différentes, dans la France des années 1980. Ce film de Carine Tardieu, sorti en 2012, est une délicieuse réflexion sur les angoisses que les parents transmettent à leur progéniture. Avec Agnès Jaoui, Denis Podalydès et Isabelle Carré.

De nombreux auditeurs et auditrices de France Inter ont peut-être raté ce film de Carine Tardieu à sa sortie au cinéma en 2012, pour une simple raison : il a été massacré par "le masque et la plume" à l'époque. "Du vent dans mes mollets", d'après les critiques, est un film "mièvre, chichiteux, agaçant et dégoulinant de bons sentiments". Je ne suis pas d'accord du tout ! Et veuillez croire qu'il me coûte de m'inscrire ainsi en faux contre mon rendez-vous préféré du dimanche soir. "Du vent dans mes mollets" est diffusé ce mercredi sur France 4, c'est l'occasion de se ratttraper. 

C'est l'histoire d'une amitié entre deux fillettes. Rachel a 9 ans, elle vit avec une mère ultraprotectrice qui la gave de boulettes (Agnès Jaoui) et un père un peu désabusé (Denis Podalydès). Et au grand désarroi de sa mère, elle devient copine avec Valérie, une gamine de sa classe.

" Rachel n'a never dormi ailleurs qu'at la maison ! " C'est l'occasion de se moquer de ces parents qui parlent en anglais devant leurs enfants. Bien sûr que je le fais aussi. Bien sûr que c'est ridicule.  

Les familles de Rachel et de Valérie sont très différentes. Une fille unique couvée par ses parents d'un côté. Une gamine "intrépide" élevée par une mère célibataire de l'autre. La mère en question, c'est Isabelle Carré, et elle semble plaire beaucoup au papa de Rachel... 

Légèreté et gravité

Dit comme ça, les personnages peuvent sembler ridiculement caricaturaux : la mère juive étouffante, la fillette beaucoup trop sage qui va peu à peu prendre goût aux bêtises.... Mais tout le charme de ce film, c'est de raconter une histoire vue par les yeux des enfants. Il y a beaucoup de malice dans le scénario. Rarement une chronique familiale n'a aussi bien mêlé la légèreté et la gravité. C'est l'adaptation d'un roman de Raphaëlle Moussafir qui porte le même titre, "du vent dans mes mollets". 

Des angoisses héréditaires

Il est question des angoisses que les parents transmettent, si gentiment, à leur progéniture. Et du regard porté sur l'âge adulte par les enfants. Cette mère inquiète qui appelle sa fille "pois chiche", incarnée par la formidable Agnès Jaoui, est évidemment ridicule et drôle, mais elle est aussi très touchante. Le personnage de la psy, campée par Isabella Rossellini, est aussi très savoureux : une psy à la fois terrifiante et rassurante, personnage très peu réaliste, à la frontière du rêve. C'est un film à voir en famille et qui peut toucher autant les adultes que les enfants : ça n'est vraiment pas fréquent. 

Et puis cette histoire porte aussi en elle une douce nostalgie. Nous sommes dans les années 80. La reconstitution est très réussie. Les bagnoles, les meubles, les vêtements, les jeux de l'époque (suis-je la seule à garder un souvenir ému de "la dictée magique"?) D'ailleurs, ce sont sans doute les années 80 aussi qui ont nui à ce film à sa sortie : il est arrivé en salles à peu près au même moment que "Camille redouble", film de Noémie Lvosky porté, lui aussi, par la nostalgie et le charme des années 80. A l'époque, ça faisait trop de vintage, il fallait choisir. Quelque années plus tard, on peut aimer les deux. Bref, je vous assure que ce n'est ni chichiteux ni agaçant. Satisfait ou remboursé. 

"Du vent dans mes mollets". Mercredi 22 mai 2019 sur France 4 à 21h. 

  • Légende du visuel principal: Denis Podalydès, Agnès Jaoui et Juliette Gombert dans le film "Du vent dans mes mollets" © Émilie de la Hosseraye/Kare Productions - Gaumont
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