Marie Portolano donne la parole à une vingtaine de consœurs, journalistes spécialistes de sport, qui racontent le sexisme dont elles ont été ou sont encore victimes. Insultes, remarques déplacées, procès en incompétence : ces attaques viennent du public, mais aussi de leurs collègues. A voir en replay sur Canal Plus.

Mesurons d’abord ce qu’il faut de courage pour montrer, comme le fait Marie Portolano, le tombereau d’insultes sexistes qu’elle a reçues et reçoit encore. "Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste" a été diffusé le 21 mars sur Canal Plus, il est est désormais disponible en replay. Le mot qui choque dans le titre, « salope », est très loin d’être le pire. La journaliste, qui vient de quitter Canal Plus pour M6, a réalisé avec Guillaume Priou ce documentaire, qui ne repose pas seulement sur son cas personnel. Il donne la parole à une vingtaine de femmes. Jamais autant de journalistes spécialistes de sport n’avaient témoigné sur ce sujet. On y voit notamment Nathalie Iannetta, Isabelle Ithurburu, Clémentine Sarlat, Estelle Denis, Amaia Cazenave. Des journalistes qui travaillent ou ont travaillé pour Canal Plus, TF1, France Télévision, Radio France, le journal l’Equipe, Bein Sport et j’en passe… et qui, toutes, ont supporté l'insupportable. Charlotte Namura est une ancienne de Téléfoot, sur TF1 :

Quand tous les jours, tu vois des gens qui te disent "t'es nulle", sur Twitter, sur Insta, par messages privés, tu finis par penser par penser qu'ils ont raison... J'ai vraiment souffert. La seule chose à laquelle le dimanche matin, c'était : j'espère que ça ira quand je vais rallumer mon téléphone. Personne dans l'équipe, à part moi, ne recevait de tels messages. J'étais la seule dont on parlait du physique, à qui on disait qu'on avait envie de me baiser. Des menaces de viol. Elle est moche, et t'as vu son cul, et t'as vu la gueule qu'elle a... Le dimanche après-midi, j'étais claquée, morte. Je rentrais, je pleurais.

Ces horreurs viennent donc du public, des anonymes accrochés à l’idée que le sport est un truc de mecs, mais pas seulement. A vrai dire, le pire vient de l’intérieur : des journalistes de la rédaction, des hommes convaincus qu’une femme à tel ou tel poste leur prend leur boulot, évidemment. Des collègues qui balancent à longueur de journée des remarques graveleuses, commentent le physique de leurs consœurs, voire commettent des agressions sexuelles, en toute impunité.    

Pierre Ménès coupé au montage

Sur ce sujet, le documentaire allait encore plus loin dans une première version, à en croire le site « Les Jours ». D’après leur enquête, Pierre Ménès était désigné nommément : accusé d’avoir agressé sexuellement deux journalistes, dont Marie Portolano. Je cite l’article des Jours : « À la fin de l’émission, hors antenne mais face au public présent dans le studio, Pierre Ménès soulève la jupe de Marie Portolano et lui attrape les fesses ». Dans une séquence coupée au montage, le journaliste a été confronté à ces faits. Pierre Ménès dit d’abord ne pas se souvenir de l’agression, et puis ensuite il demande pourquoi elle l’a pris si mal. Tout cela n’apparait pas dans le documentaire.    

Des mécanismes universels

La direction de Canal Plus aurait donc fait le choix de protéger Ménès. Mais je veux insister sur une chose : même sans les séquences caviardées, ce documentaire très réussi est une claque et il peut avoir de l’écho bien au-delà de l’univers du journalisme sportif. Car c’est bien un système qui est ici analysé. Il est question de harcèlement sexuel, de ce satané syndrome de l’imposture qui colle aux baskets des femmes, ou encore du syndrome de la potiche (avoir l’impression d’être là pour faire joli, parce qu’il fallait bien une femme). Ces petites rengaines (si une femme a obtenu tel poste, c’est qu’elle a couché). Cette certitude qu’il va falloir travailler deux fois plus que les hommes, parce que la moindre erreur ne sera jamais excusable. Ces mécanismes existent dans tous les milieux professionnels. Les femmes qui témoignent ici les documentent et donnent des clés pour les affronter. La colère peut faire surgir des moyens de se battre.    

Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste : à voir sur le site de Canal Plus, pour les abonnés.  

  • Légende du visuel principal: La journaliste Marie Portolano vient de quitter le service des sports de Canal Plus pour M6. © Canal Plus
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